‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 155 sur 303 · SIÈGE ET ÉVACUATION DE CARILLON · texte numérisé non relu

SIÈGE ET ÉVACUATION DE CARILLON

dre; « tous les soldats étaient yvres »; on omit d'enlever le drapeau qui floitait sur le fort et dont s'emparèrent, le lendemain, malgré l'incendie, un sergent et quelques Anglais du régiment de Gage; on faillit oublier un détachement de #0 hommes et on ne pensa pas à prévenir quelques découvreurs qui, rentrant à Carillon qu'ils croyaient encore une forteresse française, furent faits prisonniers par l’ennemi.

Le général britannique avait été averti (1) par des déserteurs de l'évacuation et de l'explosion imminente; il leur avait même offert 100 guinées pour éteindre la mèche. Cette proposition ne trouva pas preneur et les mines éclatèrent vers 11 heures du soir, quelques moments après la sortie du commandant français; elles renversèrent un bastion et deux courtines mais laissèrent intacts le chemin couvert, les casemates, les murs de la caserne, et onze fours qui furentutilisés par l’envahisseur. Le fort de Carillon ou de Ticonderoga (ncin indien adopté par les Anglais) était un carré 4e # bastions bâtis de pieux encastrés dans un fond de roc et de maconnerie; le front de terre était protégé par deux ravelins; ces ouvrages ainsi que la contrescarpe du fossé étaient en maçonnerie. Au surplus, Carillon eût été susceptible d’une défense plus prolongée: les Français, grâce à leurs trois hâtiments armés, étaient maitres du lac et auraient pu retarder sans grand danger leur départ de quelques jours; aussi la critique que Vaudreuil fit à Bourlamaque parait-elle à première vue logique; mais ce dernier se justifia en invoquant la teneur des instructions qu'il aveit reçues du gouverneur général lui-mèrne. Le siège de Carillon coûta aux Anglais 15 tués ei une cinquantaine de blessés; au nombre des premiers fut un officier de mérite, le colonel Roger Townshend, emporté par un boulet de canon.

(1; Journal äu colonel Amherst, 1759. Record Office,

GO ne pure om 2 mn ne mn À <

Très méthodique dans ses opérations, Amherst se préoccupa avant tout de consolider la position acquise et s'appliqua à la restauration du fort et à l'achèvement des ouvrages adjacents dont les Francais avaient ébauché les fondations. Il était campé à Carillon et avait l'intention d’y séjourner encore une quinzaine (1) quand il apprit l’agréable nouvelle de la destruction du fort Saint-Frédéric. Bourlamaque, après une courte station sur les rives de Ja Barbue, avait gagné Saint-Frédéric où il fut rejoint par la garnison de Carillon. Le 31 juillet, les fourneaux de mines étaient chargés; l’armée, embarquée avec ses bagages, munitions et matériel de tout genre, n’attendait plus que la mise du feu aux poudres. Le moulin situé à 150 toises du fort sauta le premier et la secousse fit tomber la dernière lance de feu; il fallut rallumer la mèche ; cette fois l’explosion réussit et la petite flotte s’éloigna dans la direction de l'Ile aux Noix qu’elle atteignit le 2 août. Dans l’espace de onze jours on avait abandonné aux Anglais toute la région du lac Champlain avec ses deux forteresses. Bourlamaque trouva les travaux de l’île assez avancés mais pas encore terminés; secondé par l'artilleur Desandrouins, il y employa tout son monde et fut bientôt à l'abri d’un coup de main. D'une entreprise de ce genre le prudent Amherst était d’ailleurs incapable ; très satisfait de ses faciles succès, il passa l'été à rétablir les forts détruits, à ouvrir ou à perfectionner les voies pour le passage de ses convois, enfin, œuvre indispensable, à construire des bâtiments qui pourraient lutter avec la flottille francaise. Ce ne fut qu'au mois d'octobre qu'il songea à reprendre l'offensive.

Du côté d'Ontario, le danger, qui au lendemain de la prise de Niagara paraissait des plus imminents, ne répondit pas aux craintes qui avaient motivé la mission de Lévis. Malgré les invitations du général en chef, plus entreprenant pour

(1) Journal du colonel Amherst, 1759. Record Office.

éd Ë « | :

Page 1