‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 161 sur 303 · PROCÉDÉS CRUELS DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS CRUELS DES ANGLAIS

boucherie des habitants de Saint-Joachim, faits prisonniers À la suite d'une rencontre, sur les ordres d'un capitaine du #3° de ligne. Wolfe, il est vrai, avait sanctionné ces mesures par une dernière proclamation où il avertissait la population civile qu’en raison « des cruautés peu chrétiennes commises en toutes occasions contre ses troupes, il était obligé par égard pour ellss et pour lui-même de les punir (les Canadiens) comme ils le méritaiont. »

Un des licutenants de Woife, le brigadier Townshend, dans sa correspondance intime (1), ne dissimule pas le dégoût que lui inspirent les scènes dont il est le témoin involontaire : « Je n'ai jamais servi dans une campagne aussi peu satisfaisante que celle-ci. L'inégalité de nos forces a réduit nos opérations à des épisodes d’escarmouches, de massacres et de ruines. C’est la g'ierre sous la pire forme. »

Mais laissons ces exécutions auss1 inutiles qu'indignes de la réputation du général et de ses soldats, et revenons aux événements militaires. Dans une dépêche à Pitt(2), en date du 2 septembre, Wolfe rend compte de l’état critique de son armée. Depuis le débarquement dans l'ile d'Orléans, il avait perdu par le feu 85% officiers et soldats, à peu près le dixième de son effectif; à ce déchet s’ajoutait celui des maladies qui devait être à peu près égal au premier. Au cours des deux mois qu'il est en campagne, il n’a obtenu d’autres résultats que la destruction d’une grande artie de Québec et la dévastation de la province; mais quant au but de l'expédition, la prise de la ville, il n’est pas plus avancé qu'au début. Le général relate la consultation de ses brigadiers et transmet leur avis qu’il a adopté. Il est d'accord avec l’amiral et avec le commandant du génie pour considérer comme impraticable l'assaut de

(1) Townshend à sa femme, 6 septembre 1759. Manuscripl's of the marquess Townshend (Londres, 1887).

(2) Wolfe à Pitt, 2 septembre 1759. Citée par Mante.

Québec. « Aux avantages extraordinaires de la nature l’enuemi a ajouté, pour la défense du fleuve, un grand nombre de batteries flottantes et de bateaux; la bonne garde de ces bâtiments et ia vigilance des Indiens autour de nos postes ont rendu toute surprise impossible. La situation offre un tel choix de difficultés que je m’avoue fort embarrassé sur le parti à prendre. Les affaires de la Grande Bretagne exigent, je le sais, les partis les plus résolus, mais on ne saurait avoir recours au courage d'une poignée de braves soldats que s'il y a quelque espoir d’une issue favorable. Cependant vous pouvez être assuré que j'emploierai, (autant que je le pourrai), le peu de temps qui me reste de la saison pour l'honneur de Sa Majesté et l'intérêt de la Nation. » Le ton de cette lettre ne dénote guère la confiance dans le succès; toutefois l'écrivain, à moitié guéri de sa fièvre, se mit énergiquement à l'œuvre. Le première mesure fut l'évacuation du camp du Saut; les troupes, débarquées d’abord à la Pointe de Lévis, gagnèrent par la rive sud la rivière des Echemins et furent logées au nombre de 3.600 hommes sur les 22 bàtiments que le conire-amiral Holmes avait réunis en amont de Québec. Le 7 septembre, il y eut une démonstration devant le Cap Rouge qui fit accourir le corps volant de Bougainville, l'infanterie montée de La Roche Beaucourt en tête; puis, le mauvais temps intervenant, il fallut mettre à terre les soldats anglais dont la santé souffrait de leur entassement à bord.

Sur ces entrefaites Wolfe, aidé de Stobo, prisonnier (1) échappé de Québec, avait reconnu toute la côte et choisi pour son entreprise un des endroits entre l’Anse des mers et le Cap Diamant où le falaise n’est pas inaccessible. Il

(1) Stobo, officier colonial, avait été livré aux Français comme otage lors de la capitulation du fort Nécessité en 1755 et retenu prisonnier à la suite de la violation de l’arrangement.

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