DÉBARQUEMENT DES ANGLAIS PRÈS DE L'ANSE DU FOULON
hommes commandés par le colonel Howe et destinés à marcher les premiers. Cette opération s’accomplit devant le Cap Rouge où Bougainville se trouvait en personne; puis, après avoir feint de remonter le fleuve, les berges suivies à trois quarts d'heure d'intervalle par les bâtiments de transport et de guerre, à l'exception du Sutherland resté devant le Cap Rouge, se laissèrent, vers 2 heures du matin, dériver dans la direction de Québec. Une circonstance imprévue favorisa l’entreprise. La difficulté des transports par terre avait décidé les Français à revenir à la voie d’eau pour l’acheminement des farines nécessaires au pain de l'armée ; à cet effet le munitionnaire Cadet avait prié Bougainville (1) de faire partir dans la nuit du 12 au 13 septembre les bateaux chargés de cette denrée; les postes de la côte avaient été prévenus et avaient recu la consigne de protéger la manœuvre. Le malheur voulut que l'envoi de farines fût ajourné sans communication du contre-ordre aux détachements intéressés, et que deux déserteu:s de ces mêmes détachements allassent porter au général Woife la nouvelle qu'ils avaient tout lieu de croire exacte de la descente d’un convoi. Ainsi avertis, les Anglais, quand leurs embarcations, arrivées à la hauteur de Samos et de Sillery, furent hélées par les factionnaires, répondirent en français : « Convoi de vivres; ne faites pas de bruit, les Anglais nous entendraient! » Grâce à cette ruse, ils purent continuer leur route sans recevoir les coups de fusil qui auraient éveillé l'attention.
Le courant très rapide entraina la flottille un peu au delà de l'endroit où le débarquement avait été prévu; accident heureux pour les Anglais, car aucune sentinelle n'était là pour dénoncer leur venue. On jeta à terre avant le jour quelques grenadiers avec ordre de gravir le sentier
(1) Bigot à Bougainville, Beauport, 12 septembre 1759. Papiers de fam.'le de Bougainville,
GUERRE DE SEPT ANS. — T, Ill. 20
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escarpé qui mène au haut de la falaise et de pousser en avant jusqu'à l'ennemi. L'ascension ne fut retardée que par les obstacles naturels du terrain; parvenus au sommet, ils essuyèrent quelques coups de fusil des Canadiens de Vergor qui se gardaient fort mal. Cet officier qui avait, prétend-on (1), permis à une partie de son monde d'aller faire leur moisson au village voisin de Lorette, fut blessé et pris; ses hommes s’enfuirent pour la plupart vers le Cap Rouge. Pendant celte escarmouche, la mise à terre se poursuivait en bas; à peine vidées, les chaloupes allaient chercher les soldats restés à bord des bâtiments. La fusillade d’en haut et les cris victorieux des grenadiers anglais furent le signal qui décida de la continuation de l’entreprise. À en croire certains récits (2), si l'assaut de sa petite avant-garde n'eût pas réussi, Wolfe eût renoncé à une opération sur le succès de laquelle on ne tablait guère (3) dans son état-major. Vers 5 heures du matin, quelques centaines de soldats britanniques avaient pris pied sur le piateau; il commençait à faire jour. Wolfe envoya Murray s'emparer des batteries de Samos et Sillery qui avaient ouvert le tir sur la flottille. Le brigadier put accomplir s2 mission sans grande opposition des postes de Douglas et Remigny qui ne comptaieit pas plus de 150 hommes et qui se retirèrent après avoir encloué les pièces. Entre temps les bataillons anglais, au fur et à mesure de leurs formations, firent une marche de flanc dans la direction de Québec; puis à la vue des Français dont les premiers échelons garnissaient la colline des Buttes à Neveu, ils se déployèrent en ligne dans la plaine d'Abraham. La gauche anglaise était couverte par l'infanterie légère
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(1) Johnstone. Dialogue de Montcalm et Wolfe aux Champs-Élysées. Ouvrage manuscrit. Bibliothèque de la Guerre.
(2) Bigot au ministre, 45 octobre 1759. Archives des Colonies. Bigot répète ce qu'il a entendu dire aux officiers anglais.
(3) Rapport de Holmes déjà cité.
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