ALARME AU CAMP DE BEAUPORT
certain que l'ennemi a fait un débarquement À l’Anse au Foulon; nous avons mis bien du monde en mouvement; nous entendons quelques petites fusillades. M. le marquis de Montcalm vient de partir avec 100 hommes du gouvernement des Trois Rivières pour renforcer; sitôt que je saurai posit’ -ement ce dont il sera question, je vous en donnerai avis. » Montcalm tout d'abord se contenta d'envoyer sur les hauteurs le régiment de Guyenne qui y avait été posté au commencement du mois et qui en avait été retiré fort mal à propos le 6 septembre. Quand il parvint luimême en haut et vit les bataillons anglais en ligne, il se rendit compte de l'étendue du danger, et expédia officier sur officier pour lui amener tout ce qu'il y avait de troupes régulières et de milices disponibles. Les derniers pelotons du gouvernement de Québec le joignirent vers dix heures au moment du début de l'action.
Depuis déjà plus de deux heures on fusillait avec l'ennemi; un gros détachement de Canadiens, assisté de quelques soldats de la colonie (1), s’était embusqué dans un taillis et faisait sur les rangs serrés des Anglais un feu de tirailleurs qui ne laissait pas de leur coûter du monde. De leur côté, les deux canons anglais tiraient à mitraille sur les unités françaises au fur et à mesure de leur formation et leur causaient de la perte. Dès son arrivée sur le champ de bataille, Montcalm avait demandé (2) au gouverneur de Québec des pièces de campagne dont il y avait 25 dans la batterie proche du palais. On ne lui en fournit que 5, sous prétexte (3) que les autres étaient nécessaires à la défense de la place; on les mit aussitôt en position sur les ailes de l'armée. Jusqu'alors l'engagement n'avait été qu'une affaire d'avant-postes. Pouvait-on éviter une action décisive? ou était-il impossible, comme l’affirme Johnstone, de se re-
(1) Malartic, Campagnes au Caxada, p. 284.
(2) Johnstone, Dialogues: de Montcalm et de Wolfe. (3) Foligny. D'autres récits ne parlent que de deux.
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tirer sans bataille, parce que les deux combattants étaient
trop rapprochés? Peut-être le général français craignit-il
pour sa droite que les Anglais semblaient vouloir tourner par un mouvement dirigé sur la maison de Borgia et le moulin qui domine les prairies du Saint-Charles. Toujours est-il qu'il tint une sorte de conseil de guerre improvisé où la presque unanimité se prononça pour une attaque immédiate. Comme raisons à l'appui de cette opinion, on soutenait que les Anglais se renforceraient dans le courant de Li journée en hommes et en canons et qu’ils achèveraient les retranchements ébau nés. Montreuil seul aurait fait quelques objections basées sur le faible effectif qu’on pouvait mettre en ligne. Montcalm approuva l'avis de ses officiers, parcourut les rangs, constata la bonne volonté des soldats et commanda l'offensive.
De quelles forces disposait le général français à la bataille d'Abraham? Dans le courant du mois de juillet, il avaiteu sous ses ordres près de 13.000 hommes, sans y comprendre les 2.000 de la garnison de Québec. Sur ce total 800 étaient partis avec Lévis, 2.200 avaient été détachés sous Bougainville, 3.000 étaient morts, malades ou étaient rentrés chez eux; enfin 2.000 avaient été laissés à la garde du camp de Beauport. Restaient environ 5.000 combattants à opposer au chiffre presque identique des Anglais, mais l'égalité n'était qu'apparente; tandis que les hommes de Wolfe étaient tous des soldats disciplinés et éprouvés, l’armée de Montcalm ne comptait guère que 2.000 réguliers appartenant à la colonie ou aux 5 bataillons de France. Dans ces derniers, pour combler le déficit créé par l'envoi de détachements, ou de piquets comme on disait alors, à Niagara, à l’armée de Bourlamaque, au camp volant de Bougainville, on avait versé quelques centaines de Canadiens dont les allures indépendantes au feu s’accommodaient mal avec les manœuvres compliquées en usage dans les troupes de ligne. En outre, les bataillons, par suite du
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