‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 169 sur 303 · LE CONSEIL DE GUERRE DÉCIDE L'ABANDON DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE GUERRE DÉCIDE L'ABANDON DE QUÉBEC

Nous avons laissé les Anglais se retranchant dans leurs lignes, Bougainville en retraite sur Lorette, le gros des Français derrière la rivière Saint-Charles; nous avons dépeint la démoralisation des chefs et relaté la détermination de Vaudreuil de convoquer un conseil de guerre. Il se tint dans la redoate de la tête de pont et se termina à 6 heures du soir. Ÿ assistèrent l'intendant Bigot, le major général Montreuil, Pontleroy, commandant du génie; Dumas, inspecteur des troupes de la colonie; Poulhariès, lieutenantcolonel du régiment de Royal Roussillon; Alquier, lieutenant-colonel de Béarn, et trois capitaines qui représentaient pour les autres bataillons de France les colonels mozts ou blessés, Le gouverneur général consulta le conseil sur lu possibilité d’un retour offensif contre l'ennemi; cet avis, soutenu par Vaudreuil et Bigot, fut, d'après le procès-verbal (1), « unanimement rejeté et par la faiblesse et par la dispersion et par le harassement des troupes. Se replier, continue la pièce, a paru le seul parti militaire à prendre, la position du camp de Beauport étant insoutenable, et pour n'être séparé d'une armée victorieuse et supérieure en force, tant par le nombre que par l'espèce. et pour n'avoir devant soi qu’une rivière guéable presque partout à basse mer et retranchée à la rive, sur laquelle l'ennemi pourait se porter dès le soir, » Du moment que la présence des Anglais sur la ligne de ravitaillement et de communiation avec le reste de la colonie nécessitait l'abandon de Québec, il ne restait d'autre solution que de se retirer sur la rivière de Jacques Cartier où l’on retrouverait avec le dépôt de vivres une nouvelle base d'opérations. « Toutes ces raisons combinées ont déterminé à exécuter dès le soir même la retraite, quoique forcé par la brièveté du temps, par le manque de moyens et de ressources à

(1) Conseil de guerre tenu le 13 septembre 1759, Pièces annexes au Réeit de la campagne par Vaudreuil.

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faire quelque abandon. » Le procès-verbal fut signé de tous les membres présents excepté Montreuil qui pour des causes non expliquées refusa son adhésion. Le « quelque abandon » dont parle la pièce se traduisit par l’enclouage de toute l'artillerie des redoutes et batteries de la côte, l'incendie des batteries flottantes, la destruction des munitions, la perte des tentes, des équipages'et de vivres représentant la nourriture de l’armée pour une période de 10 jours (1).

Au cours de l'après-midi, Vaudreuil avait consulté Montcalm, dontil connaissait l’état, sur les mesures à adopter. Le général était resté à cheval malgré sa blessure ; soutenu par deux soldats, il avait pu gagner la maison du chirurgien Arnoux où il apprit de la bcuche du frère de celui-ci, médecin lui-même, qu’il n’avait plus que quelques heures à vivre. Il reçut l'avis avec beaucoup de courage, se déclara heureux de ne pas être témoin de la reddition de Québec et ne voulut donner ni conseils ni ordres à Ramezai, ouverneur de la ville, qui était venu en demander. Cependant il aurait répondu à Vaudreuil, par l’intermédiaire de son aide de camp Marcel (2), qu'il y avait trois partis ouverts : capituler pour toute la colonie, attaquer à nouveau l'ennemi, battre en retraite sur Jacques Cartier. Le conseil de guerre terminé, Vaudreuil prit trois décisions graves : la première, la seule sensée, fut d'appeler Lévis au commandement des troupes; la seconde, conforme d'ailleurs au vote du conseil, de mettre l’armée en marche le soir même à dix heures. La troisième avait trait au sort de Québec : une lettre très brève (3), adressée au gouverneur de cette place, l’informait du départ de l'armée

(1) Bigot au Ministre. Montréal, 15 octobre 1759. Archives des Colonies. Collection Moreau.

(2) Récit de la campagne par Vaudreuil. Montréal, 5 octobre 1759.

(3) Vaudreuil à Ramezai, 13 septembre 1759, à 6 heures du soir. Copie annexée au récit de Vaudreuil.

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