MORT DE MOX%TCALM
sans un détail quelconque, ni sur l'itinéraire qu'elle allait suivre, ni sur les approvisionnements qu'elle laissait derrière elle. Au billet était joint « un mémoire (1) » de la plus haute importance : « La position que l’ennemi occupe au-dessus de Québec, malgré les puissants efforts que nous venons de faire pour l’en déposter, devenant de moment en moment encore plus inaccessible par les retranchements qu'il y a faits, ce qui, joint à l'échec que nous avons eu et au défaut des subsistances dont nous manquons totalement, nous met dans l’absolue nécessité de faire notre retraite, n'ayant point d'autre parti à prendre pour nous maintenir dans la colonie, nous prévenons M. de Ramezai qu'il ne doit pas attendre que l'ennemi l’emporte d'assaut. Ainsi, sitôt qu’il manquera de vivres, il arborera le drapeau blanc et enverra l'officier de sa garnison le plus capable et le plus intelligent pour proposer la capitulation conformément aux articles ci-après. »
Grâce à une prévoyance qui surprend, le projet remis au gouverneur de Québec avait été préparé par le gouverneur général et par Montcalm, dès la première apparition des Anglais. Vaudreuil, qui tenait avant tout à dégager sa responsabilité dans les malheurs de la journée, interrompit ‘Asonie de son subordonné pour lui rappeler la part qu'il
.t eue dans la rédaction de la pièce : « Je joins ici, Mon- 4, écrit-il au moribcad (2), la lettre que j'écris d’après cela à M. de Ramezai avec l'instruction que je lui adresse contenant les articles de la capitulation qu'il doit demander à l'ennemi. Vous verrez qu'ils sont les mêmes dont j'étais convenu avec vous. Ayez la bonté de lui faire tenir le tout, après que vous l'aurez lu. Ménagez-vous, je vous prie, ne pensez qu’à votre guérison. » A en croire les quel-
(1) Mémoire pour servir d'instruction à M. de Ramezai. Copie annexée au récit de Vaudreuil.
(2) Vaudreuil à Montcalm, 13 seplembre 1759, 6 heures du soir. Archives des Colonies. Collection Moreau.
ques mots d’accusé de réception (1) de l’aide de camp datés de dix heures du soir, Montcalm, après avoir entendu lecture des lettres, aurait tout approuvé. Le lendemain 1% septembre, eurent lieu (2), à quelques heures d'intervalle, le décès et les obsèques de l'infortuné général : « A huit heures du soir, dans l’église des Ursulines fut enterré, dans une fosse faite sousla chaire parle travail de la bombe, M. le marquis de Montcalm décédé du matin à quatre heures, après avoir recu tous les sacrements. Jamais général n'avait été plus aimé de la troupe et plus universellement regretté. Il était d’un esprit supérieur, généreux, doux, affable, familier à tout le monde, ce qui lui avait fait gagner la confiance de toute la colonie. “?equiescat in pace. »
Il semble que la mort du héros qui, depuis plus de trois ans, était l’âme de la résistance, aït fait perdre la tète à tous les survivants présents, car ils n’eurent d’autre pensée que de se soustraire par la fuite à l'attaque qu'ils croyaient imminente. D'ailleurs, sans exception, ils étaient au-dessous de la tâche. Vaudreuil ne possédait ni l'expérience mil'{aire ni le talent que l'intensité de la crise fait parfois jaillir, et encore moins le prestige pour en imposer à des esprits démoralisés. Montreuil, d’une médiocrité reconnue, était incapable de prendre la direction ; Poulhariès et Alquier, bons commandants de bataillon, ne pouvaient aspirer à un rôle plus important. Dans ces conditions, la retraite conduite sans ordre et sans méthode devint bientôt une débâcle (3) où chacun cherchait à devancer son voisin, à courir au bout de l'étape pour r.. pas être coupé par l'ennemi imaginaire que l’on voyait partout; les rangs étaient mêlés, les corps confondus. Dans l'évacuation ni soin
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(1) Marcel à Vaudreuil, 13 septembre 1759, 10 heures du soir. Archives des Colonies. Collection Moreau.
(2) Journal de Foligny.
(3) Journal de Johnstone. Ministère de la Guerre.