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LA MILICE DE QUÉBEC REFUSE DE SE BATTRE

zèle qu'ils s'étaient fait un devoir de montrer pendant tout le siège, mais que, ne voyant plus aucune ressource, ils ne se croyaient point obligés à se faire massacrer en vain, puisque le sacrifice qu'ils feraient de leur vie ne retarderait pas d'une heure la prise de la ville ». Ramezai ne dit pas ce qu’il répondit à ce langage mutin, mais après avoir consulté son second, Bernetz, qui, à en juger par sa correspondance, était aussi démoralisé que son chef, il renvoya Joannès à 10 heures et demie, avec plein pouvoir pour signer, Ce dernier fut retenu au camp des assiégeants, y passa la nuit et même la journée du lendemain.

Pendant cette même nuit, La Roche-Beaucour, fidèle à sa promesse, entra sans encombre dans Québec avec ses 100 cavaliers portant leurs 100 sacs de biscuit. « Mon cher camarade, mande-t-il (1) à Bougainville, je suis arrivé à la ville dans le temps que M. de Joannès faisait signer les articles de la capitulation. Quelques espérances que M. de Ramezai m'a données m'ont fait laisser mon biscuit, mais je vois bien par les mouvements de l'ennemi que tout est fait, » Quoique ce billet ne soit pas daté, il est évident qu'il fut écrit dans la matinée du 18.

Entre temps, soit au cours de la nuit ou de grand matin le 18, le gouverneur recevait une dépêche de Vaudreuil de la veille, annonçant des secours, le retour offensif de l'armée et lui enjoignant de tenir le plus longtemps possible. Ramezai lui répond (2) aussitôt ; il fait le récit du conseil de guerre, de l’insubordination des milices, de la mission auprès de Townshend, de l'échange d’otages avec les Anglais. « Il est à présent 10 heures (du matin); M. ue Joannès est encore au camp britannique; je désire de tout mon cœur qu'il y ait matière à nouvelle difficulté; j'arrè-

(1) La Roche-Beaucourt à Bougainville S.-D. Papiers de famille. (2) Ramezai à Vaudreuil, 18 septembre 1759. Archives des Colonies. Collection Moreau.

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terai tout. C’est un malheur que M. de La Roche-Beauucour ne soit point arrivé plus tôt; je n'aurais sûrement point été de l’avant. » Pour justifier sa conduite, il invoque le voisinage de i'ennemi campé à la Butte à Neveu, les batteries que celui-ci avait « formées, une à la côte où était la boulangerie », tandis qu’il n’a à lui opposer « qu'une batterie d'aucune utilité », la porte Saint-Jean sans défense, une ville dont l'enceinte n’est pas à l'abri d’ur coup de main ex différents endroits où il n’y a que des palissades. Enfin, comme dernier argument, il parle de « 8 gros vaisseaux qui venaient de s’embosser à la rade ».

Le soir du 18 septembre, nouveau billet de Ramezai (1). Joannès est rentré à 7 heures du soir « aves les réponses parlementaires conformes aux demandes que vous m'aviez remises avec votre dernier ordre. Sur les lettres que j'ai reçues ce matin j'aurais fort désiré qu'il y eût trouvé moyen de ne pas conclure; mais il l’a fait et il à fallu y souscrire, la chose était trop avancée pour pouvoir en revenir. D'ailleurs pouvais-je différer? Vous en pouvez juger par l’état des munitions de bouche qui me restaient. » Suit une liste, à la vérité très réduite, des approvisionnements. L'écrivain termine en expliquant la modification apportée à l’article 1°" du projet de capitulation, en protestant de son zèle et de son activité et en offrant, si un gros rhume dont il est incommcdé ïe met obstacle à son départ, de se charger des lettres du gouverneur général pour le ministre « dans lesquelles je vous prie de ne point m'oublier. »

Daubespy, porteur de cette dépêche, trouva l’armée française en pleine marche sur Lorette ; elle avait couché la nuit du 18 à la Pointe aux Trembles. Le 19, le corps de Bougainville qui faisait avant-garde avait été dirigé sur la rivière Saint-Charles. Sur l'avis de la signature de la capi-

(1) Ramezai à Vaudreuil, 18 septembre 1759. (Seconde lettre.)

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