‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 175 sur 303 · LÉVIS MARCHE AU SECOURS DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

LÉVIS MARCHE AU SECOURS DE QUÉBEC

tulation, il rebroussa chemin. Lévis qui avait pris les devants, apprit à son tour la reddition de Québec ; il fit aussitôt camper le corps principal à Saint-Augustin, et la division de Bougainville au pont supérieur de la rivière du Cap Rouge. Ces positions ne furent conservées que peu de temps; l’armée, après un séjour de deux jours à la Pointe aux Trembles, se concentra à Jacques-Cartier pour travailler à la construction d’un fort destiné à barrer l'accès du pays qui restait encore au pouvoir de la France.

« Le 17 à midi, deux ou trois jours avant qu’une seule de nos batteries fût en état de tirer, nous avons recu du gouverneur des propositions de capitulation. » Tels sont les termes dans lesquels l'officier du génie anglais, Mante, rend compte de la chute de Québec. En effet, quoique les travaux d'approche eussent été poussés avec vigueur, l’armée anglaise, au moment de la mission de Joannès, était loin d'avoir achevé ses batteries et ne songeait nullement à livrer cet assaut dont la crainte avait décidé la capitulation. Néanmoins, dans le camp britannique, on ne prévoyait pas une longue résistance; l'arrivée d’un parlementaire le 16 septembre fit même croire à l'ouverture des pourparlers, mais il ne s'agissait que de l'autorisation de faire sortir de Québec les femmes et les enfants qui s’y étaient réfugiés. L’assiégeant profita de l'armistice pour s'occuper de ses tranchées et de ses ouvrages, dont les travaux étaient entravés par le feu très soutenu de l'enceinte, auquel on ne pouvait répondre. En dépit de la difficulté (1) des transports, le 17 au matin, on avait amené sur le plateau, pour les opérations du siège, 17 canons de gros calibre, sans compter bon nombre de pièces et de mortiers d'un type plus faible. Des fortifications de campagne mettaient le camp à l'abri; une première batterie,

(1) Rapport de l'amiral Holmes, à bord du ZLowestoft, 18 septembre 1759. Newcastle Papers, 32895.

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projetée près de la redoute la plus avancée, devait être commencée dans l'après-midi; enfin, l'amiral Saunders promettait d'attaquer avec ses vaisseaux. Maïs tout étai: encore à l’état de préparatifs; seul le débarquement à la ville basse était peut-être d’une réalisation plus imminente, mais la possession de ce quartier, déjà ruiné par le bombardement, n’entrainait pas celle de la haute ville, complètement isoléé grâce aux retranchements élevés pendant le siège. De l’aveu même des Anglais, il eût été parfaitement possible de prolonger la résistance de deux ou trois jours et de gagner ainsi les quelques heures nécessaires pour l’arrivée de l’armée que ramenaient Lévis et Bougainville. Le général britannique fut d’ailleurs le premier à reconnaître le peu d'efforts que lui avait coûté la prise de Québec et à admettre implicitement que la défense eût pu être plus énergique. C’est ainsi que, dans un rapport (1) à son gouvernement, pour justifier la libéralité des conditions accordées aux assiégés, Townshend invoque « la présence de l'ennemi qui se rassemblait sur ses derrières, et ce qui est bien plus inquiétant, la saison très pluvieuse et très froide qui aurait pu être une cause de maladie pour les troupes et d'accident pour la flotte... l'avantage d'entrer dans la ville, alors que l’enceinte est en état de défense, et la commodité d’y installer une garnison assez forte pour empècher une surprise. » Dans un ordre du jour (2) adressé à ses soldats à l'effet d’interdire le pillage d’une place appartenant désormais à S. M. Britannique, le chef anglais insiste sur la facilité de la conquête de Québec, « dont la prompte soumission, sans qu’il ait été tiré un coup de canon, a évité aux troupes beaucoup de fatigue et peut-être de maladie. » Quelle honte durent éprouver Ramezai et ses officiers en lisant ces appréciations peu flatteuses !

(1) Townshend à Pitt, Québec, 20 septembre 1759. Newcastle Papers. (2) Ordre du jour cité par Knox, vol. I, p. 84.

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