CANON FORCE LE BLOCUS AVEC LES DÉPÈCHES
papiers de Montcalm la preuve de cette accusation ridicule ; toujours est-il qu’il en demanda la communication à Lévis. Éconduit de ce côté, il pria Amherst de lui remettre des pièces que le général français aurait confiées à un missionnaire en résidence chez les Abenakis et dont le partisan Rogers se serait emparé lors de son raid à Saint-François, « Comme il (Montcalm), écrivit Vaudreuil (1), était peu instruit de l'administration de cette colonie et qu’il ne pouvait la connaitre que par des rapports, je désirerais que V. E., si ces paquets lui sont parvenus par le capitaine Rogers, voulût bien me les envoyer. » Les documents, ou n'existaient pas, ou ne furent pas retrouvés, et l'affaire n’eut pas de suite.
Le dernier messager du Canada français à la cour de Versailles arriva heureusement à destination. Le 22 novembre, les navires du munitionnaire qui retournaient en France étaient à l'ancre au cap Rouge; un coup de vent qu'ils essuyèrent au mouillage jeta à la côte trois petites frégates et un navire de commerce. Les autres bâtiments, aux ordres du capitaine Canon, franchirent avec succès le défilé de Québec, malgré le canon britannique, et gagnèrent la haute mer. Une tentative faite pour brûler les navires échoués coùûta la vie à plusieurs des marins anglais et la perte d’une goélette dont ils s'étaient servis pour l'entreprise. Ce fut l'ultime incident de la longue et désastreuse campagne de 1759.
Dans l'ancienne et la nouvelle Angleterre, l'avis de la prise de la capitale du Canada donna lieu à des démonstrations de joie d'autant plus vives que les dernières dépêches de Wolfe ne faisaient guère prévoir une issue aussi brillante, Dans la victoire d'Abraham et dans la capitulation de Québec, les Anglo-Saxons des deux continents saluèrent la fin des luttes plus que séculaires, dont l’Amé-
(1) Vaudreuil à Amherst. Record office.
rique avait été le théâtre, la revanche des humiliations morales et des dommages matériels que les habitants et les sauvages de la Nouvelle France avaient infligés à leurs colons et à leurs compatriotes. La mémoire du général victorieux emprunta à sa mort glorieuse sur le champ de bataille une auréole de héros qui vint rehausser l'éclat de son triomphe; aussi, parmi les illustrations militaires de la Grande-Bretagne, Wolfe a-t-il conservé une place prééminente que la critique serait mal venue de vouloir lui disputer. Le plan d'opérations des Anglais contre le Canada était bien concu, et, d’après les probabilités, il devait aboutir à la conquête de toute la province dès l’automne de 1759. Si le général Amherst et son lieutenant Gage eussent déployé le quart de l'énergie et de la hardiesse dont Wolfe fit preuve, Montréal eût succombé comme Québec. Sans doute, on ne peut trop louer le courage, la persévérance, l'activité de Lévis et de ses compagnons, qui surent lutter jusqu'au bout, mais il faut reconnaitre que si le Canada resta français pendant toute une année après la prise de Québec, ce r‘sultat fut dû surtout à la lenteur et aux fautes de l’envahisseur.
Quant à l'expédition contre Québec, qui était partie importante, mais néanmoins secondaire de l’entreprise générale, elle fut conduite avec ténacité et entrain. Eût-elle été couronnée de succès sans la résolution funeste de Montcalm de livrer bataille aux Anglais le 13 septembre? Cela est fort douteux, mais par contre les conséquences de la faute commise eussent été plus graves sans la mort de Wolfe; ce général eût certainement déployé, pour le parti à tirer de la démoralisation des vaincus, des qualités qui firent complètement défaut à son successeur.
Du côté francais, quelles furent les responsabilités engagées? S'il y eut erreur de jugement de la part de Montcalm lors de l'affaire des plaines d'Abraham, elle fut partagée par ses meilleurs officiers; elle s'explique par la
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