DESCENTE DES ANGLAIS A CHERBOURG
Après un repos d'un mois que les troupes passèrent dans l'ile de Wight, on remit à la voile dans les premiers jours d’août. L'ancien chef, le duc de Marlborough, avec une partie C?s effectifs, était allé rejoindre le prince Ferdinand en Allemagne ; il avait été remplacé par Bligh, vétéran dont l’âge avait amorti l’activité; le nouveau général avait sous ses ordres environ 6.000 hommes. À bord du vaisseau amiral servait, en qualité d’aspirant, le second fils du prince de Galles, frère du futur roi George IN. Le but de l'expédition était Cherbourg, dont le port, encore très mal protégé du côté de la mer, n'avait d'autre importance que d'offrir un refuge aux croiseurs français. Quand on signala les bâtiments anglais, le commandant, le comte de Raymond, était sur ses gardes contre une attaque que la visite du mois de juin lui avait en quelque sorte annoncée. Pour la repousser il pouvait disposer de 3 bataillons de ligne, dont 2 de formation récente, de 3 bataillons de gardes-côtes et de 250 dragons; mais il éparpilla son monde le long des plages et ne put empêcher le débarquement des Anglais qui s'effectua le 7 août, à l’anse d’Urville, sous la protection du canon de la flotte.
Impressionné par cet échec où il n'avait eu que quelques hommes atteints par Le feu, Rayniond perdit la tête; bien que renforcé par un bataillon du régiment de Lorraine, il abandonna Cherbour:. sans coup férir, aux Anglais, évaeua les forts de Querc 1eville et des Autels, n’essaya pas d'en retirer l'artillerie oublia ses poudres et se réfugila à trois lieues de la ville au cap du mont Espinguet, où dans la nuit le duc d’Harcourt vint se réunir à lui. Les Anglais s’installèrent à leur aise et préparèrent à loisir des mines qu'ils firent jouer du 12 au 15 août. « Ces jours furent employés, écrit un témoin (1), à l’'embrasement du
(1) Manuscrit de M. de Gibourg, commandant de gardes-côtes et lettres particulières. Archives de la Guerre.
port, des portes du bassin de l'Écluse et des vaisseaux... Deux jours furent employés par les matelots à piller Les maisons, à défoncer les magasins et à enlever tout ce qui regardait la marine. » Les troupes de Bligh réintégrèrent le bord le 16, emportant avec eux une contribution en argent de 60.006 Livres, « 3 à #.000 bœufs ou vaches, 7 à 8.000 moutons, 1.000 chevaux, beaucoup de cochons et une quantité prodigieuse de toutes espèces de volailles ». Harcourt, dont les forces se composaient en grande partie de gardes-côtes dans les rangs desquels étaient enrôlés beaucoup « d’estropiés, mendiants et enfants », ne fit rien pour inquiéter le départ de l'ennemi. Raymond, à la suite d'une enquête officieuse faite par le Ministre, fut privé de son commandement; il aurait, ce nous semble, mérité une punition plus sévère.
Sur les ordres de la cour de Saint-James, peu satisfaite des minces résultats obtenus, la flotte anglaise, après une courte relâche dans la baie de Portland, appareilla cette fois pour Les côtes de Bretagne. L'expédition contre Cherbourg avait jeté l'alarme et le désarroi partout. A Brest (1), les départements de la Guerre et de la Marine se disputaient le contrôle et l'armement des batteries de la rade, En Normandie, le duc de Luxembourg (2), gouverneur de la province, signalait la mauvaise organisation des gardes-côtes. Ces soldats improvisés n'avaient pas de chemises et manquaient de nourriture; quoiqu'ils eussent reçu le pain et la viande, ils désertaient par centaines à la fois et cachaient leurs fusils, dont ils étaient d’ailleurs incapables de se servir. Le 3 septembre, les Anglais parurent au large de Saint-Malo, et dès le lendemain mirent une division de leurs troupes à terre à Saint-Briac.
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(1) Aiguillon à Belleisle et Massiac, 28 juil'et 1759. Archives de la Guerre,
(2) Luxembourg à Beaujeu et Belleisle, 2 septembre 1759. Archives de la Guerre.