EXPÉDITION DE BRETAGNE
Pour la défense de la Bretagne le due d’Aiguillon avait sous ses ordres 22 bataillons de ligne, 3 bataillons de milice, quelques compagnies d’invalides et un régiment de dragons: déduction faite des garnisons de Belle-Isle, Lorient et Brest, il put diriger sur le point d'attaque 13 bataillons «e ligne et de milice, auxquels se joindraient les 2 de Saint-Malo; il partit lui-même le 5 septembre de Brest. Deux jours après, il est à Lamballe; grâce à l'emploi de chariots pour transporter ses soldats, il compte réunir le 9, en réguliers, dragons, miliciens et gardescôtes, un corps de 10.000 hommes avec un parc de 13 canons. Il ne croit pas que la descente à Saint-Briac soit une feinte destinée à couvrir une tentative plus sérieuse contre Brest ou Lorient. « La meilleure méthode, écrit-il (1) à Belleisle, à ce que j'ai oui dire, est de marcher droit et vite aux ennemis lorsqu'on les sait quelque part, de faire de bonnes dispositions et de se fier un peu à la Providence. » Entre temps, les chefs anglais, après une reconnaissance de Saint-Malo faite des rives de la Rance, avaient renoncé à toute entreprise contre la ville et avaient décidé le rembarquement des 4.000 hommes mis à terre; sur l'indication du commodore Howe, l'opération devait avoir lieu dans la baie de Saint-Cast. Les Anglais perdirent beaucoup de temps à gagner le rendez-vous; ce ne fut que le 9 au soir, après avoir passé la rivière du Guildo, qu'ils apprirent le proche voisinage d’Aiguillon. La journée du 10 fut consacrée à des escarmouches sous le couvert desquelles les troupes françaises eurent le loisir de se concentrer.
Voici en quels termes le rapport officiel (2) décrit l’action du lendemain : «Le 11, les ennemis qui, pendant la
(1) Aiguillon à Belleisle. Lamballe, 7 septembre 1758. Archives de la Guerre.
(2) Relation du combat de Saint-Cast. Archives de la Marine. B.4, vol.
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nuit, avaient fait leurs dispositions pour se retirer, commencèrent à se replier à la pointe du iour sur Saint-Cast. M. de Broc se mit à leur suite et en donna avis à M. de Balleroy, qui marcha sur-le-champ pour le soutenir. M. le duc d’Aiguillon se porta en avant au grand galop avec le régiment de dragons de Marbeuf, et joignit le détachement de M. de Broc, dont la tête arrivait sur les hauteurs de Saint- Cast ; il fit mettre sur-le-champ pied à terre aux dragons, le terrain ne permettant pas qu'on en fit usage à cheval. Il étoit environ 9 heures du matin; la flotte ennemie était en ligne, et les chaloupes commencçaient à porter à bord les troupes qui étaient en bataille sur la plage dans le fond de l’anse de Saint-Cast, derrière des dunes et des retranchements qu'ils avaient faits pour protéger leur rembarquement. Nos troupes arrivaient avec une vitesse incroyable et se portaient sur la hauteur de Saint-Cast; dès que les ennemis en apercçurent la tête, ils commencèrent à les canonner et bombarder de # ou 5 frégates et d'autant de galliotes à bombes qui étaient très près de terre. Notre canon arriva et commenca à tirer sur les dix heures. M. le duc d’Aiguillon décida sur-le-champ son attaque, il porta sur la droite de la plage M. le Comte de Balleroy,..... pour se longer par les hayes et une rampe de sable qui conduisait à la gauche des retranchements des ennemis, M. d’Aubisny, à la gauche, pour déboucher sur la droite des ennemis au-dessus du hameau de l'Isle, et M. de Broc eut ordre de marcher avec son détachement droit au centre des ennemis. » Deux bataillons, aux ordres de M. de Saint-Pern, constituèrent la réserve. La colonne de la gauche, dirigée par le chevalier de Redmond, maréchal général des logis, qui s'était distingué déjà à Minorque et en Allemagne, « déboucha la première vers les onze heures et demie avec beaucoup de promptitude; elle fut bientôt suivie de celle du centre et de la droite. Les troupes se portèrent avec une vitesse et une valeur
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