COMBAT DE SAINT-CAST
singulières au retranchement des ennemis, malgré le feu prodigieux de l'artillerie de la flotte, tant du canon et des bombes, que de la mousqueterie de leurs huniers et de plusieurs barques armées, qui étaient sur le flanc. Les ennemis voulurent marcher en avant et former une colonne par leur centre, mais le feu de quelques pièces de *anon que M. de Villepatour, qui commandait l'artillerie, porta à la droite, les dérangea et les fit bientôt retirer: l'attaque devint générale et dura une heure et demie : les ennemis furent forcés, notre artillerie leur tua beaucoup de monde qui cherchait à rembarquer, trois de leurs barques chargées de soldats furent coulées bas, ils en perdirent aussi beaucoup sur plusieurs autres qui gagnaient la flotte. Le feu cessa vers les 2 heures après-midi ; Les frégates et galliotes commencèrent à s'éloigner, soit à cause de l’arrivée de mtre grosse artillerie qu'ils pouvaient découvrir sur la hauteur, soit à cause que la marée descendait. La grève étoit couverte de corps morts des ennemis; il y en avait aussi une grande quantité qui flottait sur l’eau. Il est resté sur la plage environ neuf cents hommes des leurs, parmi lesquels plusieurs officiers de marque, entr'autres le colonel et le lieutenant-colonel des gardes, sans ce qui à été tué sur les barques ou noyé; le général Dury est du nombre de ces derniers. Nous avons plus de six cents prisonniers et 30 officiers, dont quelques-uns des premières maisons d'Angleterre, 3 où # colonels, autant de lieutenants-colonels, et # capitaines de vaisseau qui étaient restés sur la plage pour commander la manœuvre du rembarquement. Leur perte peut aller en tout à trois mille hommes; la nôtre monte à environ quatre cents tant tués que blessés, celle des officiers est par proportion plus considérable que celle des soldats. Les régiments de Brie et de Boulonnois ont beaucoup souffert, ayant été obligés de traverser un terrain difficile sous le feu des frégates des ennemis. »
Aiguillon fait l'éloge de ses troupes qui ont attaqué «avec une diligence incroyable malgré la fatigue des marches redoublées qu'elles avaient faites pour arriver: la plus grande partie ayant fait près de 50 lieues de Bretagne en quatre jours. » Nous trouvons, dans une lettre particulière (1) d’un officier du régiment de Querey, le même hommage à la conduite du militaire : « La bonne volonté des troupes a surpris tout le monde, car il est rare de voir le soldat faire 4 lieues à jeun, combattre, battre et revenir encore à jeun sans se plaindre. »
Si les chiffres de la relation d’Aiguillon sont probablement exagérés, il est difficile d'admettre ceux des récits anglais (2) qui n'accusent que 847 tués, blessés ou pris, appartenant tant à l’armée de terre qu'aux équipages de la flotte. Les pertes avaient porté surtout sur les régiments des gardes, aussi est-il vraisemblable que le ministère britannique cher:ha, en atténuant la vérité, à échapper aux reproches que lui valut l’insuccès de son expédition. Newcastle, qui devait être bien renseigné, parle d’un déchet de 1.400 officiers et soldats. Conformément aux errements du cabinet de Saint-James impitoyable, comme on l’a vu, pour ses généraux ou amiraux malheureux, le vieux Bligh fut disgracié et privé de ses emplois. À en croire Newcastle (3), il avait fait preuve d'incapacité : « Débarquer 10.000 hommes, décider aussitôt qu'il n’y avait rien à faire, les promener dans un pays ennemi sans but reconnu, aller à la recherche de la flotte pour se faire rembarquer et, en dernier lieu, laisser 10 ou 12 bataillons écraser 1.400 hommes de nos meilleures troupes, tuer beaucoup de braves officiers et de jeunes gens de qualité et d'avenir, alors qu’en conservant à terre tout Le corps d'armée, on
(1) Lettres d'un officier de Quercy. Archives de la Guerre.
(2) Clowes. Royal Navy, vol. HI.
(3 Phi à Hardwicke, 18 septembre 1759. Newcastle Papers, vol. 32884
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