DIFFICULTÉS DES PLANTEURS DES ILES FRANCAISES
pagne à Saint-Domingue d’où il revint en France avec des cargaisons de denrées coloniales en guise de lest. Il eut la bonne fortune d'arriver sans encombre, le 7 novembre, à Brest.
D'après Le rapport de ce marin (1), qui connaissait bien les Antilles, dont il avait été gouverneur, les colons étaient très mal disposés pour le gouvernement de la mé tropole : « La Dominique s’est soustraite à l'autorité du Roi et a signé une neutralité avec les .: glais. À ce moyen, les Français qui habitent cette ile jouissent d'un bien-être réel ; ils vendent à nos ennemis leurs denrées au mieux et ne manquent d'aucune provision... La faveur dont la Guadeloupe est traitée fait fermenter les têtes qui habitent la Martinique. Ces derniers n’ont aucun débouché de leurs denrées et manquent de provisions nécessaires. La Grenade est surchargée de sucre. » La situation économique était, en effet, devenue critique; les exportations au Canada et au Cap Breton avaient cessé avec la perte de Louisbourg, il ne restait pour le sucre et le café de r: : planteurs d'autre marché que celui de la France, avec laquelle les communications ne pouvaient avoir lieu la plupart du temps que par vaisseaux hollandais ou danois. Mais le pavillon neutre ne protégeait guère ces bâtiments de commerce que les ravires de guerre et surtout les corsaires anglais amarinaient sans scrupule, et que les tribunaux britanniques n’hésitaient pas à déclarer de bonne prise. Aussi, dans de pareilles conditions, faut-il rendre justice au patriotisme des habitants de la Guadeloupe qui résistèrent pendant deux mois et demi aux forces imposantes de la Grande-Bretagne.
Beauharnais, qui ne s'était guère distingué dans les événements survenus aux Antilles, en rejeta la responsabilité sur Nadau-Dutreil et sur ses subordonnés, de la
(1) Bompart à Berryer, 22 mai 1759. Archives nationales.
Polherie et Baulès. Si la culpabilité de ces derniers parait évidente, il n'en est pas de même de celle du gouverneur de la Guadeloupe. Les accusés furent condamnés par un conseil de guerre (1), comme coupables de lâcheté et d'incapacité, à être cassés, dégradés et emprisonnés à perpétuité. Pour une fois que la cour de Versailles se décidait à sévir, il semblerait qu’elle ait eu la main malheureuse.
C'était grâce à leur supériorité navale que les Anglais avaient pu faire aboutir, en dépit de fautes nombreuses et d'échecs répétés, leur entreprise contre la Guadeloupe et ses dépendances. Toutefois, au cours de l’année 1758, cette supériorité, quoique démontrée par les événements de Louisbourg, ne s'était traduite sur l'Océan que par la prise de bâtiments de guerre isolés, suecomhant sous le nombre, et par la capture de navires marchands. Il en fut autrement en 1759; l'année fut marquée par deux actions navales dans les mers d'Europe qui établirent définitivement la suprématie de la marin” anglaise. La première eut lieu sur les côtes de Portugal. Dès le début du printemps, le ministère britannique, ému des armements qu'on jui annonçait de Toulon, envoya l'amiral Boscawen avec 6 vaisseaux de ligne et quelques bâtiments légers renforcer l'escadre de la Méditerrauée et er prendre le commandement. Boscawen effectua sa junction avec son collègue, Broderiek, devant Toulon le 16 mai et maïntint le blocus jusqu'au commencement de juillet; mais, à cette époque, le manque d’eau et de vivres l'obligea à lever la croisière et à rallier Gibraltar. Les Français laissèrent s'écouler un mois avant de profiter de ce départ.
Cependant le chef d’escadre, La Clue, avait eu le loisir de faire ses préparatifs; bloqué longtemps dans le port de Carthagène, il avait réussi à regagner Toulon, vers la fin
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(1) Procès fait à Nadau-Dutreil, Polherie et Baulès. Archives de la Marine. B. 4, vol. XCIT.
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