COMBAT DE LAGOS
plus que quatre vaisseaux français qui essayaient de doubler le cap Saint-Vincent. Vers 9 heures, l'Océan alla s’échouer dans les rochers qui avoisinent le cap Lagos; le Redoutable en fit autant ; les deux autres, le Téméraire et le Modeste, jetèrent l'ancre dans les eaux portugaises et sous le canon d’un fort. Les Anglais, sans le moindre souci de la neutralité du Portugal, se fiant d'ailleurs aux relations intimes qui existaient entre cette cour et la leur, ouvrirent le feu sur les bâtiments français. L'Océan et le Redoutable, qu'on ne put remettre à flot, furent brûlés; leurs équipages, à l'exception de quelques hommes et de quelques officiers de l'Océan, pour la plupart blessés, avaient pu se refugier à terre; Suffren, le futur héros des guerres des Indes, fut de ceux qui restèrent à bord; La Clue avait été débarqué l’un des premiers. Quant au Téméraire et au Modeste, qui n'avaient pris qu'une part insignifiante au combat de la veille, ils furent amarinés presque sans résistance et leurs équipages faits prisonniers, sauf quelques matelots qui s'étaient échappés.
Tel fut le combat de Lagos: il coûta à la France 5 vaisseaux de ligne, dont 3 allèr-nt grossir Les états de la marine britannique et 2 furent détruits. La perte des Français se monta à près de 500 tués et blessés; Boscawen n'eut que 252 hommes mis hors de combat. La séparation de l’escadre, cause première du désastre, donna lieu à une longue polémique entre le Ministre, La Clue et les capitaines qui avaient abandonné leur chef et s'étaient réfugiés à Cadix. Ces derniers se justifièrent en alléguant le rendez-vous fixé pour ce port, tant par écrit que par instruction verbale; leur chef répliqua en les accusant d’avoir changé de route sans ordre, et de n'avoir tenu aucun compte des coups de canon et des fusées qu'il avait fait tirer au cours de la nuit. Guoi ar’il en soit de la valeur de ces arguments, 5 vaisseaux de1 escadre, après être restés mouillés pendant quelques heures à la Rotée, étaient
entrés à Cadix le 19 août. Ils y reçurent l'injonction de rallier Brest à la première occasion favorable, mais surveillés par le vice-amiral Broderick, ils ne purent obéir et finirent par faire voile pour Toulon où ils arrivèrent en sûreté au commencement de 1760. Conformément aux intentions de son gouvernement, Boscawen était reparti pour la Grande-Bretagne peu de temps après sa facile victoire (1).
La cour de Versailles, fort indulgente pour ses officiers malheureux, ne tint rigueur ni au chef, ni aux commandants de l’escadre battue. La Clue, qui fut longtemps à se remettre de ses blessures, fnt retraité en 176% avec les provisions de lieutenant général. Castillon, le plus ancien des capitaines qui s'étaient mis en sûreté à Cadix, fut promu brigadier en 1765.Le marquis de Saint-Aignan, commandant du Redoutable, qui n'avait guère brillé dans l'affaire, parvint aux grades les plus élevés de la marine.
“Malgré la mauvaise impression causée par le combat de Lagos, le cabinet de Louis XV n'interrompit pas les préparatifs de l'entreprise qui, sous le titre mystérieux « d’expédition particulière » (2) était dirigée contre l’Angleterre. D'après la conception primitive, le départ initiai devait avoir lieu des ports de la Bretagne ; un corps expéditionnaire de 26 bataillons, # escadrons, avec parc d’artillerie, d’un effectif de 20.000 hommes, aux ordres du duc d’Aiguillon, le vainqueur de Saint-Cast, devait s'embarquer sur 90 navires de 200 à 400 tonneaux et faire voile sous l’escorte d’une division de 6 vaisseaux ; le projet était de contousner l'Irlande et de prendre terre #n Écosse,
1) En réalité, l’action eut lieu entre 7 vaisseaux francais, dont 2 furent à peine engagés, el 15 vaisseaux anglais sur lesquels 4 ne prirent pas part à l'affaire. W. L. Clowes. The Royal Navy, vol. UK, p. 212.
(2) Voir pour les événements marilimes de 1758-1759. Vie privée de Louis XV. Londres, 1781. La marine mnililaire de la France sous le règne de Louis XV, par Lacour Gayet. The Roy! Navy, by W. L. Clowes, vol. ÎIT. //istoire maritime de La France, Cuérin, vol. IV, etc.
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