LA FLOTTE DE CONFLANS SORT DE BREST
puis longtemps n'avaient plus l'habitude de Ta manœuvre et ne connaissaient pas les qualités ou les défauts des batiments qu'ils commandaient:; le personnel du bord, recruté en grande partie parmi les ouvriers de la culture et les gardes-côtes, ne possédait ni pratique de la navigation, ni instruction en matière de tir; l'amiral, arrivé presque au terme de sa carrière, n'avait ni Pénergie, ni la compétence nécessaires pour tirer quelque parti des éléments disparates qui lui avaient été confiés. Le plan de l'expédition, ou plutôt la part que Conflans S'y était tracée, consistait à se rendre directement à Belle-Isle, chasser où détruire la flottille du commodore Duff qui surveillait les débouchés du Morbihan, délivrer le convoi sur lequel seraient embarqués Aiguillon et ses troupes, le mettre en route vers l'Écosse et veiller à sa sûreté pendant le voyage, en l'accompagnant avec toutes ses forces où avec la division Bigot de Morogues. Au lieu de prendre le chemin le plus court, Conflans gagna la pleine mer et ne se rapprocha de la terre que le 19 novembre. Le 20, &u point du jour, on aperçut quelques voiles: e’étaient les frégates de Duff; on leur donna la chasse et on était sur le point de les atteindre quand les vigies signalèrent une escadre ennemie dans laquelle on distingua « au moins 23 vaisseaux de ligne dont plusieurs paraissaient à 3 ponts ». Conflans (1, qui jusqu'alors « regardait comme impossible que les ennemis eussent dans ces parages des forces supérieures, ni même égales », comprit qu'il était en présence de toute la flotte anglaise.
En effet, Hawke, après une courte relâche à Torbay, en était reparti le 1% novembre, le jour même de la sortie de Conflans: Le 17, au large d'Ouessant, il apprend (2
(1) Rapport de Conflans. Croisic, 24 novembre 1759. Archives de li Marine B. 4. LXXXVI. Voir Guérin, vol. IV. Notes.
(2) Hawke à Clevland au large d'Ouessant, 17 novembre 1759. Record Office.
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que L:s Français étaient en mer; sans un instant d’hésitation, il se dirige sur le Morbihan. « J'ai fait forces de voiles toute la nuit, vent très violent, à la poursuite de l'ennemi, et je ne doute pas que je le rattraperai ou en mer ou dans la baie de Quiberon... Mon escadre est forts de 23 vaisseaux et d’une frégate ». Le 20 novembre, vers neuf heures, on découvrit la flotte française ; l’amiral anglais donna l’ordre (1) aux 7 vaisseaux les plus avancés de se mettre en ligne et « d'essayer d'arrêter les Français jusqu'à l’arrivée du reste de l’escadre, qui se formerait tout en contiruant la chasse, de façon à ne pas perdre un moment pour la poursuite... Toute la journée, nous eûmes une brise très forte avec gros grains, M. de Conflans s’éloignait avec toutes les voiles que son escadre pouvait porter sans se séparer; quant à nous, nous courions après lui avec toute la toile que nos vaisseaux étaient capables de supporter. A 2 heures et demie, le feu a commencé, je fis le signal de combat; nous étions alors au sud de Belle-lsle et l'amiral français en tête; peu de temps après, il doubla les Cardinaux, pendant que son arrière-garde était engagée. »
Écoutons mairtenant le général français (2) : « Le vent était alors à l’ouest nord-ouest très violent, la mer fort grosse avec toutes les apparences d’un très gros temps. Ces circonstances, jointes à l’objet que toutes vos lettres indiquaient et la supériorité décidée des ennemis. tout enfin me détermina à prendre la route du Morbihan... le n’avais pas lieu de croire que si j'y entrais lc premier avec 21 vaisseaux, les ennemis osassent m'y suivre malgré leur supériorité qui devait elle-même embarrasser leurs mouvements dans un endroit aussi resserré.….. Afin de mar quer la route, j'avais choisi l’ordre de marche sur une
(1) Hawke à Clevland, 24 novembre 1759. Record Office. (2) Rapport de Conflans déjà ci'é.
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