DÉFAITE ET DISPERSION DE LA FLOTTE FRANÇAISE
mettre à la côte près du Héros et dans les parages du Croisie. La flotte française était complètement dispersée. Huit vaisseaux, au cours de la nuit ou au petit jour, s'étaient dégagés de la baie et avaient fait route pour Rochefort où ils arrivèrent le soir du 21 novembre. Le prince de Beauffremont, chef d’escadre, qui avec son vaisseau le Tor.nant appartenait à ce groupe, fut accusé d’avoir abandonné son amiral et de n'avoir pas ohéi aux signaux de ralliement; il protesta vivement contre ces allégations et justifia sa conduite. Nous devons reconnaître que plusieurs vaisseaux anglais firent de même et gagnèrent sans ordres la mer, pour échapper aux dangers de la baie. Hawke, qui mentionne le fait dans son rapport, ne leur inflige aucun blâme. Au surplus, ilest inutile de rechercher dans cette konteuse affaire les responsabilités individuelles et nous ne pouvons mieux faire qu: de nous approprier le jugement sévère d’un spectateur (1). « Imbécillité, ineptie, maladresse, ignorance de la manœuvre et de toute tactique de mer, sont les seules c uses de notre perte. »
Dans la soirée du jour qui succéda à celui du combat, 7 vaisseaux et # ‘régates ou corvettes jetèrent l'ancre à l’embouchure de a Vilaine, et après s'être allégés d’une partie de leur a”t’terie, franchirent la barre à la marée suivante. Hawke voulut les poursuivre mais «le vent qui soufflait en tempête l’en empècha, et au lieu de démarrer il fut obligé d'amener les perroquets. » Le 22 novembre, la mer s'étant un peu calmée, les Anglais s'occupèrent du Héros et du Soleil Royal, échoués près du Croisie. A leur approche, les Français mirent le feu au vaisseau amiral, qu'ils avaient évacué la veille : « J'ai fait ce matin, à mon âge, écrivait Conflans (2), un prodige de force en débarquant le long de
(1) Correspondance de Vannes, 24 novembre 1759. Portefeuille d'Argenson, Bibl. de l'Arsenal.
(2) Conflans à Aiguillon. Croisic, 21 novembre 1759. Archives de la Marine. B. 4. LXXXVI. |
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l’étrave. » Quant au Héros, il fut incendié par les Anglais.
Le bilan des journées désastreuses des 20 et 22 se traduisit, pour la marine française, par la perte de 6 vaisseaux, dont 1 pris, 3 naufragés et 2 détruits, et d'environ 2.500 hommes, dont la grande majorité noyés. Les Anglais eurent 2 vaisseaux naufragés et, d’après leur relation officielle, 300 hommes hors de combat auxquels il convient d'ajouter une centaine de noyés ou de débarqués sur la côte française et par conséquent prisonniers. Hawke, après reconnaissance de l'entrée de la Vilaine, fit transformer quelques-unes de ses chaloupes en brülots destinés à mettre le feu aux bâtiments français qui s’; eiaient retirés, mais il dut renoncer à une entreprise que la saison rendait fort dangereuse et se contenter d'établir un blocus rigoureux. Les vaisseaux réfugiés dans la Vilaine y furent détenus pendant de longs mois; ils n’en sortirent qu’en 1761 et 1762, grâce à l'énergie et à l'intelligence de deux lieutenants de vaisseau, MM. Hector et de Terray, qui obtinrent comme récompense le grade de capitaine de vaisseau. |
Entre Hawke et Aiguillon, les premiers rapports après la bataille furent des plus courtois; un échange de prisonmers permit de renvoyer les survivants de l'équipage du Formidabie, dont quelques-uns, transférés sur la Résolution, avaient péri avec ce vaisseau. Mais bientôt l’amiral anglais, grisé par sa victoire, émit des prétentions inacceptables. Il revendiqua comme prisonniers les gens du Héros, sous prétexte que ce vaisseau avait amené son pavillon et voulut s'emparer des canons du Soleil Royal. Repoussé par les batteries de terre, il écrivit à Aiguillon (1) une lettre pleine de menaces : «Je me vengerai sur tout le littoral avec la dernière sévérité. Je suis venu il y a huit
.(1) Hawke à Aiguillon, 12 décembre 1759. Archives de la Marine. B. 4, vol. LXXXVI.
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