‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 198 sur 303 · MISÈRE DES ÉQUIPAGES CONGÉDIÉS · texte numérisé non relu

MISÈRE DES ÉQUIPAGES CONGÉDIÉS

au moins aux mutilés..….….. une conduite qui leur est due et qui, par leur triste état, leur devient nécessaire et qu'il serait honteux pour l'État de ne leur point accorder, afin de les empêcher, après l'avoir si vaillamment servi, de demander l’aumône le long des chemins, ainsi que le font leurs camarades que j'ai congédiés hier et tous ceux du Héros qui s’en retournent chez ‘ux. » Aucun document re nous apprend si Le Brun, qui avait été obligé d'emprunter 3.000 livres pour donner une avance de vingt sols aux équipages du Héros et du Soleil Royal, fut à même de n:'ux traiter les blessés d'1 Formidable.

La défaite de Conflans et la dispersion de la seule flotte qui restât à Louis XV déterminèrent la cour à abandonner l'expédition particulière, Le corps d'armée d'Aiguillon fut réparti dans les garnisons de la Bretagne et des côtes de la Manche.

A l'occasion de la victoire, le gouvernement britannique se montra aussi généreux qu'il avait été impitoyable pour les défaillances ou les erreurs du passé: les amiraux Bos- ‘awen, Hawke et Saunders recurent l'avancement et les honneurs qu'ils avaient bien mérités.

Aux tentatives de descente dans les Iles Britanniques, se rattache l’entreprise (1) du capitaine Thurot. Cet officier, qui s'était signalé dans la guerre de courses, fut chargé d’une diversion en Irlande, On lui confia, dans ce but, trois frégates et trois corvettes sur lesquelles était embarqué un détachement de 1.200 hommes commandé par le brigadier Flobert et fourni en partie par les gardes françaises et suisses. Thurot s'échappa de Dunkerque le 15 octobre; dès sa première relâche à Gothembourg, un conflit s'éleva entre lui et son personnel. Très brave, jeune, — il n'avait que 32 ans — autoritaire, violent de tempérament, le chef de l'expédition n’admettait ni répli-

(1) Archives de Ja Marine, B. 4, vol. XC.

que, ni hésitation de la part de ses subordonnés; roturier d’origine, n’appartenant pas à la marine royale, il fut bientôt dans les plus mauvais termes avec les officiers de l’armée de terre. De Gothembourg, la flottille gagna Berger, puis les îles Féroé, où elle mouilla le 28 décembre. Au cours de cette navigation, la querelle éclata de plus belle entre Thurot et Flobert à propos de détails de service; les capitaines de deux frégates, las d’une croisière des plus fatigantes pendant laquelle matelots et soldats avaient été fort éprouvés, prirent parti contre leur chef et manifestèrent leur intention de rentrer en France; l’un de ces bâtiments, l’Amaranthe, se sépara en effet et rallia le port de Saint-Malo. Thurot, après une démonstration sans utilité contre Londonderry et un court séjour à l'ile d'Islay, débarqua ses troupes en Irlande dans la baie de Carrickfergus, où elles s'emparèrent de la ville de ce nom et de sa garnison; elles y levèrent des réquisitions en nature et en argent, mais quand Thurot proposa d’attaquer la ville importante de Belfast, Flobert s'y refust -atégoriquement. L'escadrille, réduite à 3 frégates, appareilla Le 26 février 1760; deux jours après, elle rencontra près de l’île de Man 3 frégates anglaises qui avaient été envoyées à sa poursuite. Le bâtiment de Thurot (1) le Marcchal de Belle-Isle, dont une partie de l'artillerie avait été démontée pour alléger sa marche, engagea deux anglais l’un après l'autre; un essai d’abordage échoua par suite du bris du beaupré; Thurot fut tué et, après une lutte de deux heures, la frégate, qui avait 5 pieds d’eau dans la cale et avait beaucoup souffert, dut amener son pavillon. Les compagnons du Maréchal de Belle-Isle, qui avaient fui d'abord et mal manœuvré ensuite, succombèrent tous les deux après une faible résistance. Dans cette action, les Anglais eurent une perte de 5 tués et 31 blessés, Celle des

(1) Journal de Bragelonne, major du corps d’expédition.

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