‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 199 sur 303 · FIN DE L'EXPÉDITION DE THUROT · texte numérisé non relu

FIN DE L'EXPÉDITION DE THUROT

Français fut de 90 hommes hors de combat, pour le seul Maréchal de Belle-Isle.

Ainsi finit une expédition qui avait causé les alarmes les plus vives dans le Royaume-Uni et dont les promoteurs s'étaient promis des résultats hors de proportion avec les moyens d'exécution. Son chef, l'intrépide Thurot, eût mérité une meilleure fortune.

A partir de la défaite de Conflans, la suprématie navale de l'Angleterre fut incontestée ; les désastres successifs de Louisbourg, de Lagos, des Cardinaux avaient sinon anéanti, tout ar. moins singulièrement réduit la puissance maritime de la France. En dehors des rencontres d’escadre que nous avons relatées, la balance des prises à l’occasion d'engagements isolés faisait ressortir une lourde différence au préjudice de la marine de Louis XV. Dans ce genre d’affaires, pendant les quatre années qui s'étaient écoulées depuis 1756, les Anglais avaient capturé 8 vaisseaux de ligne et 22 frégates, tandis que nous ne leur avions enlevé que 2 vaisseaux et 6 bâtiments légers. En 1756, nous avons vu La Galissonnière vainqueur de Byng et maitre de la Méditerranée; en 1757, Dubois de la Motte réunit à Louisbourg une flotte imposante et la ramène en France sans perte; au commencement de 1758, les escadres de d’Aché et de Frogier-l'Eguille sortent librement de nos ports et voguent sans opposition vers l'Extrème-Orient; Beaussier et Duchaffault se rendent à Louisbourg sans accident. D'autre part, il est vrai, Toulon est bloqué et La Clue n'en échappe que pour aller se renfermer à Carthagène. En 1759, la situation s'aggrave : nos escadres ne gagnent la pleine mer que pour livrer des combats où elles succombent devant la supériorité du nombre, et il faut le reconnaitre, devant l'énergie et la hardiesse des chefs ennemis. Enfin, l'année se termine sur le triste spectacle de nos vaisseaux éparpillés, réfugiés dans des rivières dont ils ne peuvent débouquer,

et incapables d'une action combinée. Nos colonies, privées de secours, coupées de toute communication avec la métropole, sont à la merei de l'Anglais. La guerre maritime est achevée et fait place à celle du blocus.

Pour compléter la revue des événements hors d'Europe qui pesèrent d'un poids appréciable dans le conflit engagé entre l'Angleterre et la France, il convient de porter le regard sur les Indes Orientales où se poursuivait depuis le début des hostilités une lutte des plus mouvementées entre les deux compagnies qui représentaient làbas les pavillons rivaux. L'arrangement de fin 175%, conelu entre les gouverneurs de Pondichéry et de Madras, n'avait été cu'une trêve assez mal observée par les belligérants. Dès l'automne de 1756, la cour de Versailles avait décidé d'envoyer dans l'Extrème Orient une force navale et un corps de troupes destinés à soutenir la Compagnie des Indes et à repousser les efforts que les Angiais tenteraient contre les postes et factoreries de la Société, Le choix du ministère et du conseil de la Compagnie tomba sur le lieutenant général de Lally Tollendal: il ne fut pas heureux. Le nouveau commissaire généraln'avait aucune expérience cu milieu où allait s'exercer son autorité. Brave soldat, actif, plein de zèle pour le service, mais impatient, irascible jusqu'à perdre tout contrôle de lui-même, dépourvu de jugement, avec cela fantasque, méfiant, hors des gonds quand il aurait fallu du sang-froid, plaisantant sans ménagement et hors de saison, Lally n'avait pas les qualités voulues pour le poste difficile auquel il était appelé. Les instructions qu'il emportait avec lui n'étaient pas de nature

à faciliter sa tâche: inspirées par les préoccupations finan-

cières des administrateurs, elles étaient faites pour lui rendre suspects la plupart de ses futurs collaborateurs. Il lui était enjoint de (1) « mettre la Compagnie en état de

(1) Instructions de Lally, 11 décembre 1756. Archives de la Guerre. Indes Orientales, vol. 3458.

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