‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 203 sur 303 · PRISE DU FORT SAINT-DAVID PAR LALLY · texte numérisé non relu

PRISE DU FORT SAINT-DAVID PAR LALLY

tranchée. » Dans le journal du siège nous relevons quelques détails curieux : « La nourriture des troupes ne consistait que dans du biscuit sans légumes, avec une portion nullement attrayante d'un animal appelé chien marron: ce mets révoltait les soldats; ils regrettaient encore le pain d'Europe et le biscuit des vaisseaux. Affaiblis, con tinuellement de service, on ne pouvait exiger d'eux pendant La nuit qu'un travail médiocre; ils étaient dans l’impossibilité de rien faire pendant le jour. Les coups de soleil produisaient le même effet que ceux du canon; ils tuaient aussi subitement. Cet étrange genre de mort à souvent enlevé plusieurs soldats dans la même tranchée; ceux qui, frappés à moitié, ne succombaient pas entièrement, étaient furieux ou sans connaissance. »

Conformément aux instructions de la cour, la démolition du fort Saint-David fut décidée; pendant que larmée était employée à ce travail, le général, de retour à Pondichéry, proposa (1) de faire le siège de Madras. De l’aveu des historiens anglais, l'entreprise eût eu de grandes chances de succès (2), la place étant en mauvais état et la garnison faible. Malheureusement, tout le conseil S'y opposa en prétendant que l'expédition était impraticable. Par contre, il fut résolu de mener l’armée contre le prince de Tanjore « pour lui faire payer un billet de 55 lakhs (3) qu'il devait à la Compagnie » et pour faire vivre l’armée aux dépens de ce potentat. On partit de Pondichéry vers la mi-juin.

Dès son arrivée aux Indes, Lally avait entretenu les rapports les plus aigres avec le gouverneur général Leyrit et ses fonctionnaires, qu'il accusait de n'avoir rien pré-

(1) Mémoire sur le choix d’un commandant dans l'Inde. Archives de la Guerre, vol, 3541.

(2) Lettre du gouverneur Pigott, mentionné par le mémoire. Voir aussi Cambridge. The war in India, p. 136. Londres, 1761.

(3) Le lakh valait à e2tte époque environ 312.090 livres,

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paré pour les opérations militaires depuis le débarquement de Soupire, et de négliger les besoins de ses troupes. Le 15 mai, huit jours après leur première rencontre, il reproche à Leyrit (1) son « indifférence léthargique pour le succès de cette expédition », et la perte des huit mois passés à « disputer de ses prérogatives avec M. de Soupire ;.… il lui abandonnera toutes les siennes et lui offre son amitié pourvu qu’il lui donne sa confiance et qu'il concoure au bien du service. » Ainsi amorcé, le commerce épistolaire continue, mélange de vivacités, de réprimandes, quelquefois de plaisanteries; il indique un homme qui désire vivre en bonne intelligence avec son correspondant, mais dont l'impatience se traduit par « des propos qui dépassent les bornes de la décence. » Pendant le siège de Saint-David, furieux qu'on le laisse manquer de munitions, Lally « menace de sévir avec la plus grande rigueur et déclare qu'il bouleversera la Compagnie avant de sortir de l'Inde ou qu'elle n’emploiera que d'honnètes gens. » Il n’en fallait pas plus pour faire de Leyrit, caractère froid, sournois, bureaucrate dans l'âme, un ennemi irréconciliable. Il en sera bientôt de même de Bussy, dont le concours eût été des plus utiles, grâce à l'habileté qu'il avait déployée dans les expéditions contre et surtout dans les négociations avec les princes indigènes.

C'est ainsi que le commissaire général, peu au courant des affaires intérieures et bien déterminé à n'écouter d'autres avis que les siens, au moment de son départ pour le Tanjore, écrivit à Bussy, alors dans le Decan, de venir le rejoindre avec ce qu'il avait de troupes. Dans cette lettre (2), il expose son programme : « Le Roï et la Compagnie n'ont envoyé dans l'Inde pour en chasser les

(1) Le mémoire ci-dessus cité contient des extraits des lettres de Lally

à Leyrit.

(2) Lally à Bussy. Pondichéry, 13 juin 1758. Archives de la Guerre. Indes

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