‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 204 sur 303 · LETTRE DE LALLY A BUSSY · texte numérisé non relu

LETTRE DE LALLY A BUSSY

Anglais, et c'est avec les Anglais que nous avons la guerre. Tout autre intérêt n'est étranger; il n'importe peu qu'un cadet dispute le Decan à son aîné ou que tel et tel raja se disputent telle ou telle nababie. Quani j'aurai exterminé les Anglais de toute cette côte, je serai en état de faire, et sans sortir de mon cabinet, et à peu de frais, des opérations beaucoup plus sûres que celles qui ont coûté jusqu'ici tant de sujets au Roi et tant de roupies à la Compagnie. » Suit un éloge des services rendus par Bussy et un appel à son patriotisme et à son aide pour les entreprises projetées : « Les Anglais se sont concentrés à Madras, c’est là qu'il faut les attaquer avec toutes les forces francaises réunies; le peu d'argent, le peu d'hommes et le peu de crédit rebuteraient peut-être un autre que moi; mais puisque je suis venu de si loin, je ne reculerai certainement pas, et je m'y prépare dans la confiance que je trouverai en vous des ressources dont vous savez que la Compagnie iei est totalement dénuée, c'est-à-dire hom nes, chevaux et argent. » Madras pris, il se portera sur le Gange, soit par terre, soit par mer. « C’est là où vos lumières me sont absolument nécessaires, c'est là où vous partagerez avec moi les gloires de la réussite, elle influcrait peut-être sur la tranquillité du Decan ne me convient pas de vous rien prescrire sur une poli-

tique que vous possédez si souverainement et je me bomme seulement à vous retracer toute la mienne dans ces trois mots; ils sont sacramentaux : plus d'Anglais dans la péninsule. »

En parlant ainsi, Lallv, il faut le reconnaitre, ne faisait qu'obéir aux instructions de la cour et de la Compagnie, hostiles toutes les deux au système d'expansion dont Bussy s'était montré le partisan convaincu et l'exécuteur heureux. Tout au plus pouvons-nous reprocher au général de ne s'être pas inspiré, pour l'application du programme, de la situation locale. Bans l'espèce, le moment

du rappel de Bussy était des plus mal choisis. Cet officier, qui servait depuis plus de vingt ans aux Indes, s'était taillé un rôle tout à fait spécial dans les affaires indigènes. Il venait de rétablir (1), auprès du vice-roi du Decan, Salabet-Sing, linfluence francaise un instant compromise à la suite d'intrigues de palais auxquelles les

Angiais n'avaient pas été étrangers. Salabet avait, il est vrai, conservé son titre de soubab, mais il avait été dépouillé de tout pouvoir effectif, au profit de ses frères Nizam-Ali et Bassalet-Sing. Bussy accourut au secours du souverain, étroitement surveillé dans son palais d’Aurungabad, força Nizam-Ali à prendre la fuite, gagna la faveur de Bassalet et redevint, ce qu'il avait été pendant plusieurs années, le maitre virtuel du Pecan. Il était en route pour Hyderabad avec Salabet quand il recut de Lally l'invitation de le rejoindre avec le gros de ses troupes, de ne laisser dans la province que le nombre indispensable de soldats pour y maintenir l'ordre, et d'en remettre Le commandement au marquis de Conflans, jeune officier fraichement débarqué d'Europe, qui avait été expédié à sa rencontre.

Bussy s’inclina de bonne grâce (2), tout en faisant valoir le danger d'abandonner Salabet et le Decan : « Comme je n'ignore point la détresse où l'on vous laisse à Pondichéry pour l'argent, je m'exécute pour vous aider. Si ma fortune que l'envie augmente si considérablement et avec des circonstances qui m'outragent, si cette fortune, dis-je, était ici, je la sacrifierais du meilleur de mon cœur, mais elle est en France ou en chemin. N'importe je vends, j'engage, je prie, je menace: enfin je vous envoie ci-joint

une lettre de change de cent mille roupies, et je vous en

(1) Mallesson. T'he French in India, 1867. Traduit en français par Mn: Le Page, 1874.

(2) Bussy à Lally, 15 juillet 1758. Archives de la Guerre. Indes Orientales, vol. 3541.

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