‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 205 sur 303 · BUSSY RAPPELÉ DU DECAN · texte numérisé non relu

BUSSY RAPPELÉ DU DECAN

porterai peut-être encore deux cent mille, mais sûrement cent cinquante mille, Je me vendrais moi-même si je pouvais trouver quelque chose de bon sur cette marchandise. Voilà, monsieur, ce que je puis faire pour le moment. Ma vie, ma fortune sont au Roy. » Un cdre de appel identique fut transmis à Moranein qui était à Masulipatam avec quelques Francais et des auxiliaires indigènes.

L'expédition du Tanjore ne donna pas de résultats: l'armée mit plus d'un mois à arriver devant la capitale du pays. On négocia à l'effet d'obtenir le remboursement des sommes dues à la Compagnie; Lally se serait contenté d'un acompte, mais les pourparlers furent rompus par l'entrée en scène d'un corps de Mahrattes, fort supérieur en nombre aux troupes françaises, qui bientôt furent bloquées dans lear camp. Cependant les opérations avaient commencé et une brèche avait été pratiquée, mais sur l'avis du péril que le départ prochain de Pescadre française allait faire courir à Pondichéry et surtout par défaut de vivres et de poudres, Lally fut obligé de lever le siège, laissant derrière lui 9 pièces de canon faute de moyens de transport.

Au cours de l'investissement de Tanjore, l’irascible général avait indisposé ses officiers par son manque de méthode et par le peu de mesure qu'il apportait dans ses ‘apports (1) avec ses subordonnés. Un jour, il fait arrêter le chef du génie par une escouade de soldats: dans une autre circonstance, à la suite d’une sortie où les Mahrattes avaient enlevé deux éléphants à côté de sa tente, «il mit tous les officiers d'artillerie aux arrêts, chacun à une pièce de campagne, pour vous apprendre, dit-il, à ne jamais abandonner nos pièces. » « Quand on décida la retraite, écrit de Theil, il y avait trois jours que je ne mangeais

(1) A. Beaumont de Theil à son frère. Pondichéry, 20 août 1758. Baron de Theil, Une famille militaire au dir-huilième siècle. Paris, 1896.

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qu'un peu de biscuit trempé dans de l'arraque qui est une espèce de boisson; le soldat ne mangeait que le cœur des cocotiers, il n'avait ni riz, ni pain, ni viande

soldats sont pieds nus et point habillés, on dit pour raison qu'il fait trop chaud. » En résumé, l'expédition de Tanjore, mal conduite, coûta aux Français près de 500 hommes (1) et fit perdre à Lally le prestige que ses premiers succès lui avaient valu.

A Pondichéry, l'armée retrouva l'escadre. Après avoir participé aux opérations contre le fort Saint-David et empêché l'amiral Pocock de secourir la place, d'Aché avait descendu la côte jusqu'à Négapatam, croisé dans les parages de Ceylan, puis sur les instances du Conseil supérieur, il était revenu à Pondichéry où il mouilla le 17 juillet. Dix jours plus tard, on vit paraitre à l'horizon la flotte anglaise qui avait réparé les dommages du combat de Gondelour. Le lendemain, d'Aché appareilla avec ses 8 vaisseaux; l'amiral Pocock n'en avait que 7, mais son artillerie, qui comptait bon nombre de pièces du calibre de 32 livres, était supérieure, et ses équipages qui appartenaient tous à la marine royale, étaient plus homogènes. Le 3 août, d'Aché (2) attaqua l'ennemi au large de Porto- Novo. Pendant l'affaire, à bord du Corite de Provence et du vaisseau amiral le Zodiaque éclatèrent des incendies

qu'on eut beaucoup de nial à éteindre. Les navires de la Compagnie, le Condé et le Moras, à la suite de graves avaries, durent quitter la ligne de combat. Le Zodiaque, à peine remis de l'alerte du feu, eut son gouvernail brisé,

1) Lally ne parla que d'une perte de 100 hommes. De Theil l'évaiue à 500 en lués, blessés et déserteurs; quelques-uns de ces derniers allèrent renforcer la garnison de Madras.

(2) D'Aché. Rapport sur la cc npagne de 1758. 30 octobre 1758. Archives de la Guerre. Indes Orientales, vol. 3541. Voir aussi W. Clowes, Royal Navy, vol. IH. Clowes donne 404 canons à Pocock et 496 à d'Aché; celui-ci, d’après son rapport, n'en aurait eu que 436. ;

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