COMBAT NAVAL DE PORTO-NOVO
aborda le Duc d'Orléans et resta quelque temps en butte aux coups de l'Anglais sans pouvoir y répondre. D'Aché abandonna la partie, assez mollement poursuivi par Pocock et alla se réparer à Pondichéry. Dans cetengagement qui dura deux heures et demie, les Français accusèrent #92 tués et blessés dont 19% à bord du Zodiaque. Les Anglais n'eurent que 197 hommes mis hors de combat. Les deux amiraux furent blessés. Conformément aux méthodes alors en usage dans chacune des marines, le feu des Anglais était dirigé sur Le pont et la coque, tandis que les Francais visaient surtout à démâter l'adversaire; aussi dans presque toutes les rencontres sur mer de l'époque, voyons-nous les pertes de ces derniers dépasser de beaucoup celles des premiers.
Aussitôt l'escadre revenue à Pondichéry où les Anglais ne vinrent pas l’inquiéter, les démèêlés déjà latents entre le commandant des troupes et le chef d'escadre reprirent de plus belle. D'Aché donnait, il faut Favouer, d'assez bonnes raisons pour ramener son escadre à lle de France. « La plus grande partie de mes matelots, éerivait-il au Conseil supérieur de la Compagnie (4), sont tués, blessés ou attaqués du scorbut et flux de sang; sans matelots on ne peut manœuvrer nise battre; toutes mes mâtures sont totalement endommagées par les boulets qui les percent, toutes mes manœuvres épissées et dans un triste état; plusieurs de mes vaisseaux, dont le gouvernail est offensé et d'autres qui font beaucoup d'eau... mon parti est pris d'aller à l'Ile de France radouber mes vaisseaux et me mettre en état d'attendre les secours d'Europe. » Lallv et le Conseil, avec lequel il était cette fois d'accord, réclamaient (2), au contraire, le maintien de Fescadre sur les
(1) D'Aché au Conseil supérieur, 18 aoùûl 1758. Archives de la Marine. Indes Orientales, vol. LXXXI.
(2) Lally au Conseil supérieur, 31 août 1758. Avis adopté par le Conseil. Archives de la Marine. Indes Orientales, vol. LXXXI.
côtes de l'Inde, Sans elle, Pondichéry serait exposé aux insultes des Anglais: avec elle, il se faisait fort de s'emparer de Madras, Pour lui permettre un troisième combat qui forcerait Pocock à s'éloigner, il offrait 1.500 hommes, empruntés à l'armée de terre, Le 2 septembre, nouvelle insistance pour conserver la flotte justu'au 15 octobre ; nouveau refus de d’Aché, après consultation de ses capitaines. Les événements prouvèrent que, dans la cireonstance, Lally avait eu le sens de la situation.
D'Aché mit à la voile le 3 septembre et parvint sans encombre, le 13 octobre, à l'ile de France, où il trouva le renfort qui lui avait été annoncé et entre autres une frégate qu'il expédia à Pondichéry avec 1 million de livres en numérairve, De lle de France, d'Aché fit un rapport (1) où il se plaignit des « propos indécents et des emportements du conimissaire général »; ce dernier ne lui à pas fait rendre les honneurs, n'a pas fait mettre de sentinelle à sa porte ; c'était une faute d'avoir « tant de pouvoirs réunis dans un seul homme, despote, passionné et violent, » A en croire le chef d’escadre, ses blessés auraient été « Jaissés sans secours sur le bord de la mer; quelques-uns sont morts, faute d'assistance. Les officiers blessés ont manqué de palanquins pour les porter à la ville... M. de Lally, détestant la marine, la croyant inutile ou du moins désirant qu'elle le fût, n'a cessé de me croiser dans mes opérations et de me contrarier. » D'Aché accuse Lally d'avoir essayé « de Le retenir à la côte et de la (l'escadre) faire risquer d'y succomber sous les forces des ennemis où d'y périr.….. Il assemble un conseil, il menace, il tonne, il dit qu'il est le maître, qu'il empêchera les capitaines de n'obéir. Je les assemble, je leur fais voir l'autorité dont je suis revêtu dans mes instructions. Cette démarche, humi-
(t) D'Aché'à Moras. Ile de France. 30 octobre, 6 novembre 1758. Archives de la Guerre. Indes Orientales, vol. 3541.
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