‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 209 sur 303 · LEVEE DU SIÈGE · texte numérisé non relu

LEVEE DU SIÈGE

bombes que l'on avoit jetées dans la ville y avoient mis le feu presque tous les jours, en sorte que tous les édifices étoient brûlés et détruits et que la ville n'étoit plus qu'un monceau de ruines. M. de Lally assembla les principaux officiers et prit l'avis de ceux de l'artillerie pour savoir si on donnerait l'assaut. Ils déclarèrent que la brèche étoit praticable, mais que les feux de la place que l’on n'avoit pu éteindre, en rendroient l'accès impossible ; on s'efforca d'éteindre ces feux; mais nos batteries, aussitôt démontées qu'établies, ne faisoient aucun effet: les espérances du succès s'évanouissoient et ie découragement s'étoit répañdu parmi les soldats et même les officiers, lorsque 6 vaisseaux vinrent mouiller dans la rade et y débarquèrent un renfort de troupes considérable et de secours de toute espèce. L'arrivée de ces vaisseaux fournit un prétexte honnête pour lever le siège; mais l'impossibilité du succès étoit alors presque démontrée. » L'armée battit en retraite sans être inquiétée, emmenant ses blessés, son artillerie de campagne et tout ce qu'on put atteler de son pare. Soupire, avec le gros, s'installa dans une des pagodes de Conjeveram; Lally, avec son régiment et [a cavalerie européenne, se retira à Arcot. Le siège de Madras avait coûté au corps expéditionnaire 82 officiers tués ou blessés sur un total de 215; la perte des soldats européens se monta à 11 ou 1.200 morts, blessés, pris ou désertés. Sur 9 officiers du corps royal et 17 de l'artillerie de l'Inde, les »remiers eurent 3 tués et 2 blessés, les seconds 1 tue et 3 blessés. Les volontaires de l'ile Bourbon laissèrent devant Madras #{ des leurs sur un effectif de 60.

En résumé, l'entreprise n'avait pas été bien menée, La possession de Chingelput aurait facilité Le ravitaillement et l'approvisionnement des batteries, qui durent à maintes reprises interrompre leur tir, faute de munitions; le rendement des soldats employés aux travaux ne fut pas tel qu'on pouvait l'attendre ; mais ilsemble surtout que la di-

rection de l'attaque, confiée au chevalier d'Urre, commandant de l'artillerie, ait fourni matière à critique. Si on parcourt le journal de l'ingénieur anglais Call (1), on est obligé de reconnaitre que la construction des batteries françaises fut imparfaite, l'orientation des embrasures défectueuse, Le tir inférieur à ce qu'il aurait dù être. Dans les derniers jours du siège, on fut forcé de cesser le feu de la batterie de brèche, établie sur le chemin couvert, pour reprendre celui de la grande batterie située en arrière: le fourneau de mine qu'on fit éclater, près du bastion attaqué, ne produisit pas l'effet voulu, et, par contre, on n'empêcha pas le mineur ennemi de bouleverser les travaux de sape.

Comme on doit le penser, étant données les dispositions du personnel militaire et civil, l'échec que Lally venait de subir devant Madras porta une nouvelle atteinte à son prestige; on l’accusa d’avoir compromis le succès par son ingérence dans les détails du service de l'artillerie, par l'ordre prématuré de commencer le tir des batteries (2) avant que leur installation fut complétée, ou leur approvi-

}. sionnement assuré. Il ne fût pas affecté par ces allégations. | « N’allez pas croire, Monseigneur (3), écrivait-il quelque temps après à Belleisle, que je suis honteux d'avoir man- | | qué Madras; c'est l’entreprise la plus hardie qui ait jamais | été faite; j'ai gagné quatre batailles pendant ce siège et

| j'ai écrasé une ville qui ne s’en relèvera de 15 ans. » Il est vrai que, vers la fin des opérations, il tenait un tout autre | langage, où perçait à la fois son découragement et son | |

dégoût des hommes et du pays. « Nous sommes toujours dans la même position, mandait-il à Leyrit (4), la brèche

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(1) Call. Journal du siège du fort Saint-Georges. Cambridge, p. 155. (2) Correspondance de Theil et de Bussy.

| (3) Lally à Belleisle. Pondichéry, 1° août 1759, Archives de la Guerre. | Indes Orientales.

| (4) Lally à Leyrit, camp devant Madras, 14 février 1759. Cambridge, p. 150.

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