PRISE DE MASULIPATAM PAR LES ANGLAIS
malade vers la fin du siège, il avait dà se retirer à Pondichéry. Ses rapports avec le général en chef étaient devenus de plus en plus tendus. Bussy, fort de son expérience des princes indiens, voyait de très mauvais œil toute incursion de Lally sur un terrain qu'il considérait comme le sien propre; tout au plus aurait-il consenti à être l’inspirateur de son chef. Lallv, au contraire, très jaloux de son subordonné, ne pouvait entendre son éloge sans se mettre en colère et sans tenir sur son compte des propos que des tiers s'empressaient d'exagérer. De là, des tiraillements qui dégénérèrent bien vite en dissentiments publies. Au reçu des nouvelles de la défaite de Conflans, le général en chef eut recours à Bussy; il parait avoir eu le désir sincère de l’'employer, soit dans le Becan, auprès de Salabet Sing, soit à l’armée qui était alors rassemblée à Arcot, mais il s'y prit si mal, il l'indisposa de telle facon, que d’un frondeur il fit un adversaire intraitable. En écrivant au Ministre (1), Bussy parle de l'affront que lui à infligé Lally, en envoyant Morancin à Masulipatam en son lieu et place, et cependant, d'après son aveu, ce serait lui qui aurait décliné les propositions du général : «Il vient de nr'offrir le commandement de son armée entièrement délabrée, mourant de faim, sans paie depuis 6 mois, mécontente à l'excès et en face de l'ennemi. » C’est un piège qu'on lui tend, aussi a-t-il refusé sous prétexte de santé. Un post-scriptum annonce la chute de Masuïtipatam : « Nous voilà donc entièrement expulsés du Nord ainsi que du Bengale. D'un autre côté, nous venons de perdre Surate, dont les Anglais se sont aussi emparés depuis peu de temps. Ainsi de tant de riches possessions, il ne nous reste plus que nos établissements à La côte de Coromandel, encore sont-ils dans le plus pitoyable état. C’est, Monseigneur, à quoi se réduit le fruit de
(1) Bussy à Belleisle. Pondichéry, 22 avril 1759. Archives de la Guerre. Indes Orientales.
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tant de travaux, de dépenses et de sang répandu depuis 15 ans. »
Les mois de mai et de juin se passèrent sans événement important; les Anglais, satisfaits de leurs progrès dans le Nord, se contentèrent de surveiller l'armée française postée dans les environs d'Arcot; Lally, après un court séjour au camp, revint souffrant à Pondichéry, d'où il expédia à l'Ile de France un bâtiment chargé de réclamer le prompt retour de l’escadre. Cette précaution prise, le général en chef fut saisi d'un de ces accès de découragement dont il était coutumier. « Il a résolu de changer d'air, écrit Soupire (1), et d'aller à Chalembron, à 1% lieues d'ici ; il me dit qu'il ne veut plus se mêler de rien et me remettre toutes les opérations et généralement toute la beso;rne, comme s'il était parti, disant qu'il se dispose à partir au mois d'octobre. Si cela est, il me laissera les affaires de l'Inde dans un état bien critique. »
Cependant l'indisposition de Lally ne l'empêchait pas de plaisanter Bussy sur les maladies successives qui servaient à celui-ci de raison ou de prétexte pour ne pas se plier à toutes les exigences de son chef : « Vous êtes heureux (2), Monsieur, dans votre malheur; vous avez fait le tour entier de la boussole des maux; la goutte en est toujours le dernier rhumb. Pour moi, j'essuie Le premier et le cercle sera long à parcourir. Si vous désirez de voir le sol natal, je ne Le désire pas moins et c’est là où nous nous trou verons l'un et l’autre hors de cour et de peines, Dieu merci. » Peu de temps après cette étrange épitre, Lally fait dire à Bussy de ne plus se présenter chez lui; à cette injonction, ce dernier réplique (3) en demandant un congé pour rentrer en France : « Cet ordre inouï que je viens de
(1) Soupire à Belleisle, 28 juillet 1759. Archives de la Guerre. Indes Orientales.
(2) Lally à Bussy, 21 mai 1759. Mémoire de Bussy. Pièces justificatives.
(3) Bussy à Lally, 25 juin 1759. Mémoire de Bussy. Pièces justificatives.
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