‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 219 sur 303 · MISSION DE BUSSY DANS LE DECAN · texte numérisé non relu

MISSION DE BUSSY DANS LE DECAN

de la part du négociateur, comme l'affirme Lally, soit, comme le prétend Bussy, maladresse du général dont la mobilité et le décousu auraient irrité le prince indien, Les pourparlers n'aboutirent pas. Bussy vint camper auprès de Bassalet le 10 novembre, mais il ne put le déeider à épouser la cause française et dut se rontenter de ramener avec son propre détachement ce qui restait de Français au Decan, 300 Caffres (1), 2.000 cipayes qu'il avait organisés lors de son séjour dans cette province et quelques cavaliers patans. À Arcot, où il arriva le 10 décembre, Bussy trouva une lettre qui dépeint bien l’incohérence de son chef: «Si je ne reçois point de vos nouvelles, lui écrivait Lally (2), d'ici à deux ou trois jours, mon parti est pris d'aller m'établir dans le sud et de vous abandonner les trois quarts de l'empire pour en disposer à votre gré. Que ne puis-je vous céder le tout! »

Un événement des plus extraordinaires avait singulièrement entravé Bussy dans sa mission diplomatique. L'armée française, dont la solde était en arrière de dix mois, s'était révoltée. Le 17 octobre, le régiment de Lorraine, assemblé à l'insu de ses officiers, sortit du camp avec armes et bagages et dressa ses tentes à une demi-lieue de distance. Ordres, menaces, supplications furent prodigués en vain. Lorraine fut bientôt rejoint par les autres bataillons d'infanterie, par la cavalerie et l'artillerie; les drapeaux furent laissés à la garde des officiers. Ce que voulaient les soldats, c'était leur solde : « Nous attendrons ici quatre jours, disaient-ils à leurs chefs (3, pour voir si on nous satisfera. Is jnvent qu'ilsne prendront niquatre ni six mois, qu'il leur faut le tout. Tantôt ils menacent de prendre le fort et tantôt d’alier à Pondichéry. Nous ne les quittons ni

(1) Nom donné aux nègres recrutés sur la côte de Zanzibar ou à Madagascar.

(2) Lally à Bussy. Pondichéry, 15 novembre 1759. Mémoire de Bussy. (3) Allier à Bussy. Vandavachy, 18 octobre 1759. Mémoire de Bussy. GUERRE DE SEPT ANS. — T, Il, 27

de jour ni de nuit, écrivait Allier, major du régiment de Lally. Les Anglais ont déjà vent de tout ceci et tâcheront d'en profiter, surtout les rivières le permettant. J'ai touché sur cette corde; ils ont tous crié : Nous vous demanderons, Messieurs, et nous vous suivrons partout, » Il faut ajouter que les insurgés, qui avaient élu deux sergents pour leurs chefs, observérent l'ordre le plus exact et qu'il n'y eut ni pillage, ni désertion.

Instruit de la situation par les rapports oraux et écrits des officiers, Lally convoqua aussitôt le conseil, en obtint quelque argent, y ajouta le sien et ce qu'il put emprunter. IL expédia au camp le tout avec une lettre (1) où il s'attachait à réfuter les calomniés qui circulaient à son sujet parmi le militaire, en chargeant le gouverneur et les conseillers de Pondichéry : « Je n'ai pas encore touché un sol de la Compagnie depuis que je suis aux Indes. Ce que

J'ai payé aux troupes depuis trois mois, je ne l'ai arraché

que des valets noirs du gouverneur et des conseillers, qui ont fait passer tous leurs fonds en Europe et que je viens d'obliger d'envoyer leur vaisselle à la Monnaie. Je vous ordonne donc, Monsieur, sitôt la présente reçue, de faire battre l'ordre et de la lire en plein cercle. J'ai fait partir tout ce que j'ai pu ramasser d'argent dans la ville ce matin, montant à près de 50.000 roupies qui suffisent à payer le demi-mois à l'officier et tout le mois au soldat, si l’on ne donne rien à l'officier. » Lally consent à laisser vérifier par des délégués des révoltés le compte des sommes apportées par la flotte ainsi que le produit des côtes; il fait aussi appel au concours de l'armée « pour m'aider à contraindre les habitants à se cotiser, pour fournir à la paie des troupes, d'ici à la récolte de janvier, car je suis tout aussi prêt à me soulever que le soldat, puisqu'il m'est dù bien plus qu'à lui. Voilà, Monsieur, tout

(1) Lettre citée dans le mémoire du fils de Lally, p. 195.

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