RÉVOLTE DE L'ARMÉE FRANÇAISE
ce que je peux faire pour satisfaire le soldat, dont je condamne la conduite, sans pouvoir blâmer tout à fait les motifs. » Le porteur de la lettre, M. de Fresnel, n'eut pas l'occasion de communiquer à la troupe la pièce extraordinaire dont nous venons de citer quelques extraits. A peine eut-il ouvert la bouche, que sa voix fut couverte de hutes. Un second messager mieux choisi, le chevalier de Crillon, eut plus de réussite ; il était chargé d'une seconde proclamation d’un ton plus sobre et d’une rédaction plus militaire. Lally parlait des mutins « qui ont entrainé l'armée malgré elle dans cette faute énorme d’insubordination »;1l ne pouvait « imaginer que des soldats sensés renoncent de sang-froid à leur devoir envers le Roi, à leur patrie, à leurs femmes et enfants. »
Fut-ce l'effet de cet appel, le résultat de la réflexion, ou le nouvel appoint de 18.000 roupies dont Crillon était muni, toujours est-il qu’un arrangement fut conclu. « L'armée, était-il dit, réunie en une seule voix, accorde de recevoir six mois à compte de la paie, en attendant jusqu’au 10 du mois prochain, pour finir le reste. L'argent sera délivré à l'aldée où nous sommes et ensuite on se mettra en marche pour Vandavachy, nos officiers à notre tête. » Ainsi fut fait et de cette facon se termina cette étrange aventure.
. Quelques jours plus tard, on alla camper sous les murs d'Arcot et il est possible que le désir d’éloigner des troupes royales l'élément le plus insubordonné ne fut pas étranger à l'envoi dans le Sud du bataillon colonial des Indes sous les ordres de Crillon. Le 27 décembre, après une absence de plusieurs mois, Lally vint reprendre le commandement. Avant de quitter Pondichéry, il avait eu de nouveaux démêlés avec le gouverneur à qui il reprochait, peut-être non sans raison, les désordres de l’administration et la pénurie d'espèces dont souffrait la colonie. À la suite d’une scène violente où il avait été fort
malmené, Leyrit écrivit au général en chef une lettre (1) où il attirait son attention sur les dangers de la position : « Les excès auxquels vous vous êtes porté contre moi le # de ce mois ne me permettent pas de me présenter devant vous et me mettent aujourd'hui dans le cas de vous écrire pour vous faire parvenir les craintes et les inquiétudes de la Colonie, effrayée des progrès des ennemis. » La réponse de Lally (2) est caractéristique : « Qu'est-ce que tout ce radotage, Monsieur de Leyrit? Il n'y à point encore de mal fait. Voulez-vous que je vous aime”? Voulez-vous que je vous embrasse? Voulez-vous que je vous fasse des excuses? Voulez-vous enfin vous battre avec moi? Finissons et soyons bons amis. Votre fortune ainsi que la mienne, sont actuellement entre les mains de la Compagnie.... La perte de ce comptoir n’entrainera-t-elle pas notre ruine commune. Je veux que l'on m'improuve de vous parler durement, ne vous improuvera-t-on pas de ne me pas parler du tout?..….. Encore une fois, mon cher Monsieur de Leyrit, réunissons-nous; oublions le passé. Je ne vous ai encore rien refusé; vous ne m'avez encore rien demandé. Ordonnez, disposez de moi; dites-moi ce que vous voulez, j'y souscris. N'êtes-vous pas assez vengé ? Sauvons la Compagnie et nous nous sauverons tous deux. »
Arrêtons-nous à cette citation; elle fait ressortir les défauts et les qualités de notre homme. Primesautier, incapable de retenir sa langue, toujours prêt à dire ou à écrire les boutades que lui suggérait une pensée aussi vive qu'irréfléchie, Lally ne connaissait pas la rancune, ne demandait pas mieux que de pardonner à ceux qu'il avait offensés et s'étonnait de ne pas les trouver aussi oublieux qu'il l'était lui-même.
A la fin de 1759, la situation de l'Inde francaise était eri-
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(1) Leyrit à Lally, 8 décembre 1759. Mémoire de Bussy. (2) Lally à Levrit, 9 décembre 1759, Mémoire de Bussy.
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