RAPPORTS TENDUS ENTRE LA FRANCE ET LA HOLLANDE
d'Affry à La Haye firent croire que la cour de Versailles cherchait un prétexte de rupture; la proposition d’un congrès formulée par les rois d'Angleterre et de Prusse et surtout les sages conseils de l’Impératrice-Reine, qui disait avec raison ne pas vouloir augmenter le nombre de ses ennemis, empèchèrent l'orage d'éclater.
En résumé, malgré le penchant incontestable des chefs de la faction orangiste pour ce qu’ils appelaient la cause protestante, la République maintint assez correctement la neutralité à laquelle elle s'était engagée. H en fut de même du Danemark qui, bien que sollicité des deux côtés, ‘'efusa de prendre parti et se contenta de former une armée d'observation à l'entretien de laquelle le cabinet de Versailles contribua par des subsides consentis en vertu du traité du # mai 1758.
Les incidents d'Espagne eurent une tout autre importance pour la suite des événements. Le décès du roi Ferdinand, qui eut lieu le 10 août 1759, en faisant monter sur le trône un ami dévoué de la France, devait avoir plus tard une répercussion capitale sur le groupement des puissances. Pendant la fin du règne, le ministre Wall, qui jouissait de la confiance absolue de son maitre, avait dirigé la politique extérieure de son pays dans un sens favorable à la Grande. Sretagne ; aussi, après avoir essayé en vain d’entrainer les Bourbons d'Espagne dans la querelle de la branche ainée, le cabinet de Versailles avait-il dù reconnaitre l’inanité de ses efforts et laisser son ambassadeur à Madrid jouer un rôle effacé. Pendant l'automne de 1758, il est vrai, le ardinal de Bernis avait songé à recourir aux bons offices de l'Espagne pour entamer avec l'Angleterre les négociations pacifiques qu'il avait en vue; mais sa disgrâce et l’avènement de Choiseul avaient interrompu ces pourparlers que l’état de santé de Sa Majesté Catholique n'aurait d’ailleurs pas permis de continuer.
Durant les derniers mois de son existence, le roi Ferdi-
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nand était tombé dans une espèce de folie coupée par de rares intervalles de lucidité; il abandonna la direction des affaires à ses ministres avec lesquels il n’entretint plus de rapports, et comme il n’y avait entre eux aucune solidarité, l'Espagne fut livrée à l'anarchie. Chaque ministre conduisait à sa guise la besogne de son département : Valparaiso administrait les finances sans contrôle; « M. Araga, le secrétaire d'État pour la marine, écrit l'ambassadeur anglais (1), passe beaucoup de temps en prières comme d'habitude, il ne fait rien aujourd’hui et ne s’est jamais beaucoup occupé d'affaires, car ses dévotions ne lui laissent que peu de loisir. » Seul le ministre des Affaires Etrangères, pour sauver les apparences, faisait toutes les semaines un séjour à Villaviciosa auprès du souverain, mais il ne l'avait pas vu depuis le mois de novembre. En attendant, il était aussi dévoué que jamais au système britannique; quelques jours avant la mort du Roi, Lord Bristol avait recueilli (2 de la bouche de Wallles assertions les plus rassurantes : «S'il voyait quelque chance pour la France de reconquérir son ancien crédit dans les conseils de l'Espagne, il abandonnerait toute participation au gouvernement du pays; mais il ne se retirerait pas avant d'avoir essayé de convaincre les partisans d’une subordination servile à la cour de Versailles, que le seul moyen qu'eût Sa Majesté Catholique de prendre la situation qui lui appartenait en Europe consistait à repousser toute coopération avec la France, et à unir fermement les intérêts de sa couronne à ceux de l'Angleterre, »
Pour maintenir cette entente cordiale, la cour de Saint- James n'avait que deux choses à faire : donner quelques satisfactions aux réclamations constantes du gouvernement de Madrid au sujet des agissements des vaisseaux de
(1) Bristol à Pitt, 4 juin 1759. Record Ofiice. Spain, (2) Bristol à Pitt, 18 juillet 1759. Record Oflice.
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