FOLIE DE FERDINAND, ROI D'ESPAGNE
guerre et des corsaires britanniques et avoir recours, en cas de négociations pour la paix, à la médiation du roi de Naples qui succéderait bientôt au trône d'Espagne. « Ce n'est qu'un compliment que vous lui ferez, disait Wall (1), mais cela lui causera le plaisir le plus sensible... il est honnète homme, et tout ce qu'il faut, c'est de le persuader que votre confiance et la foi que vous avez dans sa discrétion sont égales à celles que vous avez toujours montrées à son frère Ferdinand... L'Espagne est en ce moment séparée de la France; elle le restera tant que j'aurai ici de l'influence, si vous voulez bien m'aider. Prenez garde par de la négligence de nous rejeter entre les mains de nos voisins. »
Ces avis, que Bristol s'empressa de transmettre à son chef hiérarchique Pitt, ne furent guère écoutés à Londres. Les procédés des marins anglais, que nous avons déjà signalés à propos des Pays-Bas et du Danemark, faisaient naitre avec l'Espagne des incidents d'autant plus nombreux que le contact était plus fréquent; la correspondance d’Abreu, ambassadeur espagnol à Londres, avec Pitt n’est qu'une longue énumération de captures de bâtiments espagnols dans toutes les mers des deux mondes, de prises francaises enlevées dans la zone côtière, d'insultes au pavillon, de brutalités et de rapines.
Tout anglophile qu'il s'affirmât, tout sensible qu'il fut aux compliments du Roi et des ministres britanniques, Wall savait insister pour obtenir des réparations tangibles. À Abreu qui venait de lui envoyer le récit d’une conversation avec le duc de Newcastle, il réplique (2) avec aigreur : « J'aurais souhaité que vous nous fassiez rendre compte si M. Pitt (qui est en fait le ministre) pense de
(1) Bristol à Pitt, 30 juillet 1759. Record Oflice. (2) Wall à Abreu, 9 juillet 1759 (Lettre interceptée). Miscellaneous Papers, 91. Record Office,
mème que le duc. Si vraiment ils veulent vivre en bon accord avec nous, ils ont bien assez d'occasions de manifester leur amitié, au lieu des bonnes paroles dont ils sont si prodigues, en nous rendant le grand nombre de navires qu'ils détiennent indignement dans leurs ports au grand détriment de nos nationaux. » Mais le cabinet de Saint- James, à cheval sur les prétendus droits que lui assurait sa suprématie maritime, n’entendait racheter par aucune concession les bénéfices qu'il tirait de la neutralité espagnole ; aux plaintes qui lui étaient transmises, il répondait la plupart du temps en <pposant les jugements de ses tribunaux, qui donnaient presque toujours gain de cause à leurs concitoyens. Au cours de ces discussions interminables, il se produisit un incident d’un caractère plrs fàcheux que d'habitude. Une frégate anglaise avait amariné en pleine mer un bâtiment français qu'un vaisseau espagnol, le Guerrero, avait pris sous sa protection, et l'avait enlevé pendant la nuit malgré les vives protestations du commandent. Au lieu de saisir l’occasion de flatter l'amour-propre castillan, Pitt refusa (1) toute satisfaction en s'appuyant sur l'inconvénient de créer un précédent au profit du pavillon neutre. Le même procédé fut appliqué, comme aous le verrons, aux offres de médiation que le ministre anglais déclina en phrases dont la politesse cherchée dissimulait à peine la sécheresse orgueilleuse qui lui était familière.
Peu de jours après les entretiens entre Wall et Bristol que nous venons de relater, l’interrègne se termina par la mort du roi Ferdinand. La cour de Versailles pouvait-elle attendre du nouveau souverain un revirement favorable à sa fortune? Don Carlos, roi des Deux-Siciles, frère et successeur de Ferdinand, avait la réputation de vouloir se rapprocher de son cousin de France, et passait pour n’avoir
(1) Pitt à Bristol, 31 août 1759. Record Office.
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