BONNES DISPOSITIONS DU ROI CARLOS POUR LA FRANCE
le roi George à faire, par l'entremise du prince Louis de Brunswick, des propositions directes aux puissances belligérantes en vue d’un congrès où serait discutée la pacification générale. Le cabinet britannique se plaisait à croire que S. M. C. « n'entendra en aucune manière que ses bons offices n'eussent pas mérité la plus ample acceptation de la part de S. M. B. » Nous reviendrons plus loin sur la genèse et l'historique de la déclaration anglo-prussienne ; pour le moment, envisageons-la au point de vue espagnol etbornons-nous à constater que cette procédure constituait vis-à-vis du roi Carlos une véritable fin de non-recevoir et n'était pas pour lui plaire; aussi affirma-t-il à l'ambassadéur francais son dessein de passer outre et de persister à servir d'intermédiaire entre la France et l'Angleterre.
En s'exprimant ainsi, Carlos était en contradiction flagrante avec la politique de Wall qui, retenu auprès de la Reine-Mère, n'avait pu se rendre au-devant de son nouveau maitre. Les instructions datées de Saragosse portaient la signature de Squillacci, Napolitain que le Roi avait amené avec lui et auquel il destinait le portefeuille des finances ; la dépèche, rédigée sur un ton très différent de celui de Wall ou même de San Severino, était adressée à Abreu, le représentant officiel de Sa Majesté Catholique à Londres. Ce diplomate, dont la correspondance interceptée avait fait connaitre les sentiments peu favorables à la cause britannique, était mal vu à la cour de Saint-James; aussi la délicate proposition qui lui était confiée ne gagnait-elle guère à être transmise par son canal. Il remit à Pitt une note écrite (1) dans laquelle le désir de son souverain était formulé dans les termes les plus explicites : « Tous les souhaits du Roy se bornent à ce qu'on ajuste de bonne foi les différends qui ont causé une guerre si cruelle entre l'Angleterre et la France, toutes deux alliées et toutes deux
(1) Abreu à Pitt, 5 décembæe 1739. Record Office.
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amies de Sa Majesté, et qu’on vienne à une paix raisonnable. A cet effet le Roy s'offre avec candeur et l'intention la plus pure à y travailler de la manière qu’on croira la plus convenable, » À titre de préambule, l'ambassadeur avait fait suivre ses protestations d'amitié et ses félicitations, sur le. succès récents des armes anglaises en Amérique et aux Indes, d’une phrase empruntée à la piume de Choiseul et qui devait éveiller la susceptibilité britannique : « Le Roy ne peut pas regarder avec indifférence le dérangement que ces conquêtes portent à l'équilibre établi par le traité d'Utrecht. » Dans sa réponse (1), Pitt, pour se dérober à une ouverture au’il ne se souciait pas d’encourager, invoqua la raison, du reste plausible, de la déclaration relative au congrès qu'on venait de faire : « La démarche publique que le Roi vient de faire, conjointement avec Sa Majesté Prussienne et dont la cour d'Espagne aura eu d'avance la communication confidentielie, a fait voir d'une manière si insigne la disposition de Sa Majesté à entrer en négociation pour pervenir au but salutaire de la paix, que jusqu'à ce que les autres puissances belligérantes aient de leur côté fait savoir clairement leurs intentions à cet égard, Sa Majesté se trouve dans l'impossibilité de rien ajouter à ce sujet, sinon qu’elle mettra toujours au plus haut prix les désirs purs de Sa Majesté Catholique pour le rétablissement de la tranquillité publique et particulièrement pour le maintien de la bonne harmonie entre la Grande-Bretagne et l'Espagne. » Le ministre anglais eut soin de relever le passage sur la balance de pouvoir créée en Amérique par le traité d'Utrecht : « On observera simplement là-dessus combien il est évident, par les circonstances où la monarchie française se trouva lors dudit traité, qu'il n’y fut nullement question alors d'établir, dans l’Amérique septentrionale, l'équilibre entre la Grande-Bre-
(1) Pitt à Abreu, 13 décembre 1759. Record Office Spain.
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