‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 235 sur 303 · KAUNITZ PEU FAVORABLE A LA MÉDIATION · texte numérisé non relu

KAUNITZ PEU FAVORABLE A LA MÉDIATION

espagnole et la crainte de voir la politique française de plus en plus subordonnée à l’objectif spécial de l'Autriche, n'avaient pas peu contribué au désir d'une liaison étroite des deux branches de la maison de Bourbon. Pour se conformer au devoir d'un associé loyal, Choiseul avait renseigné le cabinet de Marie-Thérèse sur les offres de la cour de Madrid et sur leur accueil par celle de Versailles. Le compte rendu de l'audience où l’Impératrice recut la communication et des commentaires auxquels elle donna lieu, montre à quel point la cour de Vienne était jalouse de toute initiative prise par son allié : « L'Impératrice m'a écouté, raconte l'ambassadeur français (1), sans rien dire et avec l’air peu satisfait. Il faut, reprit-elle dans le courant de l’entrevue, que je compte beaucoup sur les sentiments du Roi pour n'avoir point d'inquiétude, car je vous avoue que je suis fort sensible et fort délicate sur tout ce qui a rapport à la paix. » Quelques jours après, Kaunitz se plaint (2) que sa cour n'ait pas été consultée avant l’acceptation de l'intervention espagnole. Le Français se justifie en invoquant la distinction entre la guerre maritime avec l'Angleterre, particulière à la France et étrangère à l'Autriche, et la guerre contre la Prusse où « le Roi, par l'effet de son amitié pour l’Impératrice, s'était rendu partie belligérante »; il rappelle « que les traités avaient pour objet cette mème guerre et non celle de mer qui en était exceptée. » L’entente entre les deux puissances, indispensable dans un cas, ne l'est donc pas dans l'autre. Kaunitz l'interrompt : «M. l'ambassadeur, je vous donne ma pa: role d'honneur, que tant que je vivrai, puis se reprenant, tant que Leurs Majestés existeront, les plus grands malheurs arriveraient à cette monarchie, le roi de Prusse serait aux

(1) Comte de Choiseul au Duc, 6 octobre 1759. Affaires Étrangères, Autriche.

(2) Comte de Choiseul au Duc, 14 octobre 1759, Aflaires Etrangères, Autriche.

portes de Vienne, qu'on n'écoutera rien sans la participation de la France, et que nous péririons plutôt que t'avoir un procédé qui fût tant soit peu louche st suspect. » Mais bientôt Kaunitz. en homme pratique qu'il était, abandonne cette note pour en prendre une autre de meilleur aloi en insistant sur la nécessité de prouver à la cour d'Espagne et à toute l'Europe « que nous sommes unis par des liens indissolubles et de faire tomber par là les artifices de nos ennem's, qui ne cherchent qu’à semer entre nous la défiance et les soupçons. »

Pour calmer les susceptibilités et répondre aux insinuations de Marie-Thérèse et de son chancelier, le duc de Choiseul rédigea une longue dépêche (1) destinée à être mise sous les yeux des hauts personnages. Il débute par l'historique complet des phases de la négociation avec Don Carlos avant et depuis son avènement au trône d'Espagne, rappelle que Starhemberg avait été religieusement tenu au courant de ces incidents; puis, élargissant le débat, il fait l'apologie à la fois des agissements de la cour de Versailles et de sa conduite personnelle. Il se défend d’avoir fait mention de la paix tout en se demandant « pourquoi il n'aurait pas été permis au Roi de parler à l’Impératrice de la paix, siS. M. était dans l'impossibilité de continuer la guerre... M. le comte de Kaunitz ne regarde que ce qui touche sa maitresse, mais s’il jette les yeux sur ce qui s’est passé depuis que je sis entré en place, il conviendra que mon courage mérite quelques éloges. M. de Kaunitz sait quelle était la situation du royaume à la fin de l’année 1758, et le désir qu'on avait de la paix. Je crois que j'avais changé le ton à cet égard en arrivant ici, que les dispositions pour la campagne 1759 étaient telles, que nous devions nous promettre des succès. Nous avions calculé que c'était à nous, dans l’alliance, à agir puissamment;

(1) Duc de Choiseul au Comte, 29 octobre 1759. Affaires Etrangères. Autriche.

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