CHOISEUL DÉFEND SA CONDUITE VIS-A-VIS DE L' UTRICHE
cette année nous avions formé un plan offensif dans toutes les parties. Qu'est-il arrivé? » Ici Choiseul passe en revue les infortunes récentes : la perte de la Guadeloupe et des établissements du Sénégal, la défaite de Minden, la dispersion de l’escadre de La Clue, les échecs de l'Inde, la capitulation de Québec. « Voilà nos malheurs militaires, je crois qu'il est difficile, dans toutes les parties, qu'ils puissent être plus grands. Nous avons des alliés puissants ; en jetant les yeux sur les événements qui les concernent, nous ne trouvons pas qu'ils nous aient procuré de dédommagements à nos peines, et nous en sommes d'autant plus affligés que nous avons pu espérer que leurs succès mettraient des poids dans la balance. » L'interruption du commerce, suite de la perte des colonies, à anéanti le crédit et conduit à « une espèce de banqueroute. D'après ce tableau, cont'nue le ministre, vous conviendrez que je dois être blessé que l’on me soupçonne de faiblesse comme le cardinal de Bernis. Vous pouvez dire à M. de Kaunitz que je ne mérite pas cette comparaison et que je crois en avoir donné des preuves. Malgré cette situation, M. le duc de Broglie tiendra la campagne aussi longtemps que M. le prince Ferdinand. M. de Conflans va sortir et risquer une bataille navale pour aller prendre les 20.000 hommes que commande M. d'Aiguillon et les conduire en Écosse. » Si l'expédition échoue, « sans perte de temps nous assemblerons une seconde armée sur le Bas-Rhin et nous ferons un projet de campagne d'hiver pour ceite armée, en risquant la destruction de nos troupes, tandis que M. de Broglie s'avancera en Hesse et contiendra la partie de l'Allemagne que protège son armée; mais en même temps si les malheurs continuent à persécuter nos opérations, je ne peux pas me cacher, malgré ma volonté, que le royaume sera dans un état très dangereux. »
Jusqu'à ces dernières lignes, le document devait être lu au chancelier; la fin, d’un caractère confidentiel, contient
la constatation de la position sans issue dans laquelle se trouve la France : « Nous ne ferons pas la paix de terre sans Elle (l'Impératrice), nous nous détruirons d'année en année en sa faveur, mais il faut prévoir que nous serons forcés par les circonstances à faire notre paix d'Angleterre, dès qu'elle sera possible, et que quant à la guerre, si les efforts que nous allons faire manquent, nous la soutiendrons comme nous pourrons, en défendant nos frontières et en payant nos subsides à nos alliés. Ce n'est pas tout d’avoir du courage, il faut avoir le moyen de le soutenir, et ce serait tromper nos alliés que de ne leur pas parler clairement sur notre situation. »
En guise de réponse à l'exposé du ministre français, Kaunitz ne trouva d'autre conseil à donner au Roi (1) que celui d'abandonner la guerre maritime « en déclarant à l'Espagne que je ne suis plus en état de soutenir le reste de mes colonies, et que c’est à elle de les défendre si elle veut se sauver du péril de perdre les siennes. » Non sans raison, le comte de Choiseul formule sur les dires de Kaunitz l'appréciation suivante : « Soit dissimulation, soit fermeté, soit paresse ou indifférence, et peut-être par tous ces motifs réunis, il ne m'a pas paru effrayé de nos malheurs. » Peu de temps après cette conversation, la proposition de congrès, dont les rois d’Aagleterre et de Prusse prirent l'initiative, vint imprimer un nouveau. tour aux discussions diplomatiques.
Afin de ne pas interrompre le récit des pourparlers relatifs à la médiatien espagnole, force nous à été d'extraire des relations entre les cours de Vienne et de Versailles, pendant l’année 1759, tout ce qui avait trait À cette question. Revenons aux rapports courants dont, pendant les premiers mois, aucun dissentiment sérieux ne vint troubler l'harmonie apparente. Ni Kaunitz, ni Starhemberg ne
(t) Comte de Choiseul au Duc, 12 novembre 1759. Affaires Etrangères, Autriche.
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