RELATIONS DES COURS DE VIENNE ET DE VERSAILLES
semblent avoir éprouvé beaucoup de sympathie pour le nouveau titulaire du Département des Affaires Etrangères. Il suffit de parcourir la correspondance de l'ambassadeur pour deviner que, malgré les attentions dont il était l'objet de sa part, il regrettait son prédécesseur. Accoutumé à l'esprit ondoyant, aux manitves caressantes, à la grâce un peu féminine de Bernis, il eut quelque peine à se faire à la brusquerie primesautière, au ton hautain et parfois rogue de son successeur.
Choiseul, dès son avènement au pouvoir, était bien décidé à prendre le rôle, sinon la position de premier ministre ; il possédait les talents de l'emploi. Travailleur infatigable autant qu'homme de salon, il savait concilier le plaisir avec les affaires, regardant l’un comme la distraction nécessaire pour permettre l'assiduité aux autres, A la fois autoritaire et courtisan délié, il était aussi expert à flatter l'amour-propre du souverain, à se plier devant les caprices de la favorite, qu'à assumer l'allure du maitre vis-à-vis de ses inférieurs. Soutenu par la confiance de Louis XV, qui venait d'ajouter à son titre de duc la dignité de pair, en communion étroite avec la Pompadour, dont il devint en quelque sorte le directeur de conscience, il put braver le verdict en général peu favorable de la cour et de la ville. Si peu nationaliste qu'on fût à cette époque, on se fiait médiocrement aux sentiments patriotiques d’un homme dont la nationalité était de fraiche date; on rappelait ses origines lorraines, on invoquait le souvenir d'un père qui avait été longtemps à Paris représentant de l'Empereur (1)en sa qua'ité de grand-duc de Toscane, on citait un frère encore général au service autrichien. Cette parenté ne le rendait-elle pas suspect d’attachement à l’Impératrice? n'influerait-elle pas sur ses opinions quand il aurait à défendre, contre l’allié, les intérêts de la France? Enfin n'était-il pas partisan avéré
(1) Erizzo au Sénat de Venise, 12 novembre 1758. Archives de Vienne.
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d'une guerre continentale qui jamais n'avait été populaire et dont la poursuite ruinerait le pays?
Cette hostilité du dedans, comme la mauvaise volonté du dehors, Choiseul les surmonta, grâce à «le solides appuis, grâce surtout à la vigoureuse impulsion qu'ilsut donner aux rouages du gouvernement. Que dans sa conduite on puisse relever des défaillances fréquentes, des inconséquences nombreuses, cela est évident, mais on serait mal venu de lui refuser le mérite d’une suite dans les conceptions, d’une persévérance dans l'application, dont on ne trouve guère trace chez ses prédécesseurs. Si les combinaisons échouèrent, si les tours de force accomplis pour continuer la guerre aboutirent au traité désastreux de 1763, il serait injuste de faire peser sur lui la respon: bilité d’une situation dont il n'était pas l’auteur et qui était plus que compromise quand il fut appelé au ministère.
Fermons cette parenthèse, qui nous entrainerait trop loin, et revenons aux rapports de Choiseul avec le représentant de Marie-Thérèse; peu à peu, ils s'établirent sur le pied de l'intimité et prirent, tout au moins de la part du premier, le ton de sincérité et d'abandon qui avait caractérisé les entretiens de Bernis. L'Autrichien, il est supertlu de le dire, tout en accueillant les confidences, avait soin de rapporter à Vienne les boutades et les propos irréfléchis qui échappaient parfois à la vivacité de son interlocuteur. De là des malentendus : la cour de Vienne aurait souhaité obtenir du gouvernement francais, dans les affaires intérieures de l'Allemagne, un concours absolu qui s'accommodait mal avec la politique traditionnelle de la maison de Bourbon. Choiseul ne l'entend pas ainsi, et expose (1), avec un franc parler qui n’était pas pour plaire, les inconvénients que présenterait dans l'Empire une extension trop grande du pouvoir des Habsbourg. Souvent c'est au
(1) Starhemberg à Kaunitz, 14 septembre 1759. Archives de Vienne.
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