RAPPORTS DE STARHEMBERG AVEC CHOISEUL
sujet des droits et privilèges de la minorité protestante de l'Empire, sur lesquels la maison d'Autriche était toujours prète à empiéter, que surgissent les dissentiments entre les deux gouvernements. Fidèle sur ce point spécial aux errements de Richelieu et de ses successeurs, le cabinet de Versailles revendique à tout propos sa position comme puissance garante du traité de Westphalie. Aussitôt l'ambassadeur de déplorer cet esprit qu'il attribue à la routine des bureaux et aux notions puisées dans le commerce des diplomates protestants où dans les écrivains de droit public appartenant à la réforme. Pour Starhemberg, on n’est partisan du nouveau système qu’à la condition d'épouser sans réserves toutes les visées et tous les préjugés de sa cour, à ses veux, l'adhésion à l'alliance est affaire de sentiment plutôt que d'intérêt: aussi, d'après lui, son appui le plus ferme serait l'affection personnelle et l'estime du Roi Très Chrétien pour leurs majestés impériales.
Chez Louis XV et surtout chez la Pompadour, auprès de laquelle Starhemberg avait repris son influence un moment ébranlée pendant le ministère Bernis, il n’y avait pas à craindre les allusions à la nécessité de mettre fin aux hostilités qu'arrachaient à Choiseul les embarras financiers ou les défaites des armées de terre et de mer. Aussi se complait-il à raconter ses conversations avec la favorite (1), « Elle est si éloignée de penser à la paix, que jamais je ne l’ai trouvée aussi résolue et aussi bien pensante..….. Elle est toujours ferme dans l'opinion, qu'il n’y à pas de paix sûre et durable à espérer sans l'amoindrissement du roi de Prusse; sa haine pour ce prince égale son sincère attachement pour notre cour; elle regarde l'alliance des deux cours comme le fondement le plus solide du système politique, et prélérerait la continuation pour toujours de la guerre à une paix qui serait conclue contre notre
(1) Starhermberg à Kaunitz, 26 septembre 1759. Archives de Vienne. GUERRE DE SEPT ANS, — 7, HI. 29
volonté, et qui détruirait l'entente entre les deux cours. En un mot, sa manière de voir est si honnète, si favorable et si franche que nous ne pourrions désirer mieux, et qu'en vérité je ne puis faire d'elle un éloge sufisant. » Entre Choiseul et la Pompadour, malgré la différence de langage, il est forcé de reconnaitre que l'accord semble parfait. « Elle débute toujours par me demander si je suis satisfait de lui, et sur ma réponse affirmative, elle a toujours coutu' 1e de faire de lui le plus grand éloge, et de célébrer son jugement, son activité et sa droiture, Il serait difficile et dangereux d’essayer de diminuer le crédit dont il jouit auprès d'elle... car en dehors de la base essentielle de notre système politique elle n'y comprend rien et il pourrait lui présenter les affaires sous un aspect qui l’éblouirait ou la tromperait complètement, » Constatons en passant que la grande dame se plaint beaucoup de l'injustice du public à son égard, dévoile le peu de cas qu'elle fait du maréchal d'Estrées, plus responsable à son avis que Contades des malheurs de la fin de campagne, et ne dissimule pas son aversion pour le duc de Broglie, tout en avouant « qu'il était le seul qu'on püt charger du commandement avec quelque confiance ». Mais l'ami de cœur était Soubise, et pour faire sa cour en haut lieu il fallait « l'élever bien au-dessus de ses mérites », obligation dont l’Autrichien a soin de s'acquitter de son mieux.
Le dévouernent absolu et la fidélité à toute épreuve de la favorite avaient droit à une récompense éclatante; aussi le cadeau depuis si longtemps annoncé avait-il été enfin remis à la destinataire au commencement de l’année. Il consistait en une table à ouvrage, ornée du portrait de l'Impératrice, avec garniture de diamants; Starhemberg nous apprend qu'il avait coûté 77.278 livres, dont 600 seulement furent versées au peintre. Inutile de dire que M"° de Pompadour se confondit en remerciements, et de-
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CADEAU DE LA COUR DE VIENNE A Mme DE POMPADOUR. 451
manda à les exprimer par lettre à Marie-Thérèse. L'ambassadeur est un peu embarrassé : « Je n'ai (1), mande-t-il à Kaunitz, qu'à me charger de faire parvenir la lettre qui est contenue dans eelle-ri, jointe à celle qu'elle écrit à Votre Excellence, » Le Roi, présent à la remise du cadeau, « m'a fait connaître combien il était personnellement sensible à cette marque d'attention que S. M. avait bien voulu lui donner. »
Le témoignage de satisfaction octroyé à la maîtresse devait-il être accordé au ministre de Louis XV? Consulté sur ce point délicat, Starhemberg (2) ne le croit pas indispensable ; cependant si on se décide « à faire chose particulière pour ce ministre duquel nous avons en gros encore toujours lieu d'être contents », il suggérerait une belle agrafe de chapeau de la valeur de 15 à 20.000 florins. Ce fut à l'occasion de la conclusion du nouveau traité entre les deux cours que fut formulée cette demande de renseignements. En effet les ratifications venaient d'être échangées vers la fin de mai, après de longues négociations qui roulèrent sur des questions accessoires.
Pendant les pourparlers, le roi de Sardaigne trouva le moment opportun pour réclamer l'exécution des promesses d'accroissement territorial qui lui avaient été faites lors de la paix d’Aix-la-Chapelle. Un instant, on put craindre que la guerre ne s'allumât en Italie à propos du règlement qui suivrait la mort du roi d'Espagne prévue de jour en jour; le cabinet britannique poussait la cour de Turin à s'entendre avec celle de Naples pour un partage de la haute Italie, d'apres un arrangement qui aurait mis le Piémont en possession des duchés de Parme et du Milanais, et alloué la Toscane comme indemnité à l'infant Don Philippe. Le roi de Prusse s'était tout naturellement mèlé
(1) Starhemberg à Kaunitz, 9 février 1759. Archives de Vienne. (2) Starhemberg à Kaunitz, 13 juin 1759. Archives de Vienne.
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de l'intrigue et avait envoyé (1) à Turin un officier de confiance pour soutenir les efforts du ministre anglais. Conformément aux traditions de famille, le roi de Sardaigne sut profiter des inquiétudes soulevées pour obtenir de Versailles la cession du Plaisantin à défaut d'autre acquisition et, en attendant l'annexion effective qui viendrait lors de la paix, la bonification des revenus provisoirement touchés par l’infant. L'Autriche consentit à sanctionner cette clause et à l’introduire dans la future convention sous la réserve que la garantie n’entrainerait aucun sacrifice à ses dépens.
Un autre point qui souleva de longs débats fut la fixation du taux de change des monnaies à verser au titre &@e subvention par la France. Choiseul ne voulait compter le florin qu'à 50 sols tandis que le chance «:r et son représentant entendaient l'évaluer à 52 sols. Enfin, sur la plupart des conditions en suspens, la ténacité de Starhemberg prévalutet il eut la satisfaction de faire adopter un arrangement presque aussi avantageux pour sa cour que les deux piemiers.
Comme toujours, il y eut traité ostensible et traité secret: ils portaient les dates officielles des 30 et 31 décembre 1758, quoique les signatures n'eussent été apposées qu'en mars et les ratifications échangées qu’en mai 1759. Les articles Les plus importants des deux pièces contenaient les stipulations suivantes (2) : Renouvellement et confirmation à perpétuité du traité défensif du 1° mai 1756: abrogation et anéantissement du traité secret du 1°” mai 1757; conversion de la fourniture du corps auxiliaire de 24.000 hommes en subside financier, et fixation de ce subside à la somme mensuelle de 288.090 florins, payables
(1) Frédéric à Finckenstein. Breslau, 13 mars 1759. Correspondance politique, XVI, p. 3.
(2) Traité des 30 et 31 décembre 178. Affaires Etrangères. Autriche. Supplément 18.
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