TRAITÉS DES 30 ET 31 DÉCEMBRE
chaque année à raison de 625.000 livres seulement, et le reliquat après la paix; limitation du solde des arrérages, encore dus en vertu du traité secret de 1757, à la somme de 7.500.000 florins exigible après la guerre; mise à la charge exclusive de la France des subventions acquises à la Suède, au Danemark et de l'entretien du contingent saxon; promesse du Roi de maintenir une armée de 100.000 hommes en Allemagne; attribution à l’Impératrice du duché de Silésie et du comté de Glatz; garantie des conquèétes réciproques; concert stipulé sur les avantages que l'Impératrice accordera au Roi, au cas où la paix lui en procurerait de considérables aux dépens du roi de Prusse; occupation par les Français, pendant la durée des hostilités, des villes d'Ostende et de Newport; bons offices de l'Autriche pour la suppression de l'interdiction de fortifier Dunkerque; engagement de ne faire ni paix ni trêve sans accord préalable; renonciation par l’Impératrice, en faveur de l'infant Philippe et de sa postérité masculine et féminine, à la réversion des duchés italiens; garantie au roi de Sardaigne d’une indemnité territoriale qui ne sera pas au préjudice de l'Autriche; succession de Modène assurée à l’archiduc Pierre Léopold. En outre de ces dispositions, nous trouvons reproduites dans la convention les clauses relatives aux royaumes et principautés d'Italie, à la communication à faire aux puissances alliées et au secret à observer.
A la lecture des quarante articles des deux traités, on se demande quels bénéfices la France espérait en tirer. A vrai dire, ils ne pouvaient ètre que négatifs, car le seul gain consistait à s’aifranchir d'une partie des subsides écrasants que le négociateur de 1757 avait si légèrement pris à son compte; mais cet allégement serait-il suffisant? Sans doute les versements mensuels dus à l'Impératrice étaient sensiblement diminués, sans doute le cabinet de Versailles renonçait à son rôle de principal dans la guerre d'Alle-
magne pour reprendre celui d'auxiliaire, mais il promettait d'y participer avec une armée de 100.000 hommes, et il consentait des sacrifices financiers dont le montant serait, comme par le passé, trop lourd pour son trésor et pour son crédit. Des acquisitions territoriales sur la frontière du nord, de l'établissement de l'infant dans les Pays- Bas, il n’était plus question; Choiseul s'était inspiré de la dignité de son maître en déclinant les quelques kilomètres carrés que lui offrait la cour de Vienne, et s'était contenté de faire insérer une clause des plus vagues destinée bien plus à couvrir la responsabilité des négociateurs, qu'à gratilier la France d’une extension quelconque de son domaine.
En s’engageant à continuer la lutte sans profit pour l'avenir et au détriment des forces de la nation, Louis XV et ses ministres obéirent avant tout aux obligai ns qui les liaient vis-à-vis des alliés et qu'ils ne pouvaient modifier qu'avec leur consentement, mais ils se laissèrent aussi entrainer par leurs sentiments personnels à l'égard du roi de Prusse. Ce monarque, aussi médiocre poète que bril-
lant capitaine, avait coutume de sc reposer des soucis de la guerre en écrivant des pièces de vers, qu’il aurait voulu satiriques et qui n'étaient que grossiers. C'est ainsi qu'il composa, en l'honneur du prince Ferdinand, une ode où les Français étaient fort mal traités, et où le monarque et la favorite n'étaient pas plus épargnés que leurs
sénéraux et leurs ministres. En voici un échantillon :
O nation (1) folle et vaine, Quoi! .. si ec R ; Je vois leur vil assemblage Aussi vaillant au pillage Que lâche dans les combats.
Quoi! votre faible monarque Jouet de la Pompadour
(1) Mémoires de Vollaire. Œuvres complèles, ©. LXX, p. 338, édition de 1789.
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