‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 240 sur 303 · ODE SATIRIQUE DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

ODE SATIRIQUE DE FRÉDÉRIC

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Flétri par plus d’une marque Des opprobres de l’amour, Lui, qui, détestant les peines Au hasard remet les rênes De son empire aux abois, Cet esclave parle en maître !

Ce Céladon sous un hêtre Croit dicter le sort des rois.

Ces vers, qui furent suivis d'autres épigrammes d’un style similaire, parvinrent par l'entremise de Voltaire (1) aux mains de Choiseul dont elles soulevèrent la colère; le ministre aurait désiré répondre par une œuvre de mème acabit, et faire naître une sorte de procès où le talnt du royal écrivain, tout autant que son bon goût, serait passé au crible de l'opinion publique. Le procédé était de bonne guerre, mais Choiseul ne s’en tint pas là; dans nn entretien avec Starhemberg (2) qu'il avait mis au courant de l'incident, il alla jusqu'à s’écrier à propos de Frédéric : « Nous l'en ferons certainement repentir, et si nous trouvons une bonne occasion de faire la paix avec l'Angleterre, nous ne manquerons pas d'en proliter et n’aurons ensuite point de repos que nous ne soyons parvenus à nous venger de son insolence. » L'ambassadeur, qui rapporte aussitôt la boutade se garde bien de la commenter, trop heureux d'enregistrer l'adhésion à la politique de a maison d'Autriche, pour critiquer la cause quelque peu triviale de cette déclaration de principes. Malheureusement pour les hommes qui dirigeaient les affaires extérieures de la France, ni les événements militaires ni la situation intérieure du pays n'autorisaient la menace si légèrement exprimée.

De tous les soucis du cabinet de Louis XV, le plus grave était le mauvais état des finances du royaume; aussi re-

(1) Voir à ce sujet Calmeltes. Choiseul et Voltaire. Paris, 1907. (2) Starhemberg à Kaunitz, 13 juir 1759. Archives de Vienne.

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vient-il sans cesse dans les conversations de Choiseul avec l'envoyé de Marie-Thérèse et dans les dépèches de ce dernier. Au cours du printemps, La Borde avait été remplacé dans les fonctions de contrôleur générat par Silhouette; il entraina dans sa retraite le banquier Paris-Montmartel, qui jusqu'alors avait été le baïlleur de fouds du gouvernement. La tâche qu’allait entreprendre le nouveau ministre des Finances était des plus lourdes; le trésor était vide, le crédit épuisé, et malgré les plaisanteries de Choiseul (1) qui prétendait «que quand on n'aurait plus rien, on ferait ia guerre sans argent », il fallait faire face aux nécessités des départements intéressés. Silhouette fut d'abord porté aux nues (2) par l'opinion: il réalisa quelques économies et émit sans difficulté un emprunt de 72 millions; mais ce n'était Ià qu’une goutte dans l'océan. Peu de temp: «11- Minden, Starhemberg fait une revue de la situation u:ancière : les dépenses de la guerre se montaient déjà pour l'année à 160 millions, celles de la marine et des colonies à 100 millions ; le budget des affaires étrangères en avait absorbé 25; le service de la dette et des emprunts courants en exigeait un peu plus de 140. En ajoutant à ce: sommes le coût de la maison du Roiet l’imprévu jusqu à la fin de l'exercice, Starhemberg évaluait (3) à 500 millions les sorties de fonds pour 1759; les rentrées ne devant pas dépasser 309 millions, il en résulterait un déficit de 200 millions. Pour combler le trou il fallait de nouvelles émissions de rentes, et pour les gager le contrôleur général proposait un accroissement de contributions de 50 millions ; il se heurta, comme ses prédécesseurs, à l'opposition du parlement. La compagnie reconnaissait bien la nécessité d'augmenter les revenus, mais critiquait les taxes aux-

(1) Starhemberg à Kaunitz, 25 février 1759. Archives de Vienne.

(2) Voir Clément et Lemoine, 4. de Silhouelte. Paris, 1879.

(3) Starbermlerg à Kaunilz, 10 août, 14 septembre 1759. Archives de Vienne.

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