EMBARRAS FINANCIERS DE LA FRANCE
quelles on avait recours. Le public, d'abord très favorable à Silhouette, tourna contre lui; on lui fit le reproche de suivre les errements connus et de surcharger la matière imposable. Enfin les pourparlers et les remontrances aboutirent à l'acceptation des nouveaux impôts les moins importants tels que les droits sur les cuirs, et ceux concernant les toiles peintes. I fallut un lit de justice, tenu le 20 septembre, pour obtenir l'enregistrement de taxes d’un earactère somptuaire sur l'or et l'argent, de 20 livres par cheval, de 50 livres par valet de chambre ou domestique, de droits de patente pour « boutique ouverte, enseigne ou bouchon », de l'affectation à l'État du produit des octrois locaux, et du rachat des offices sur les postes. La contribution dont le rendement était à la fois le plus sûr et le meilleur était celle des # sols par livre sur les objets de consommation soumis à la ferme générale. Silhouette à qui ses projets de réforme avaient suscité de nombreüx ennemis dut abandonner ses fonctions vers la fin de l'année.
Ainsi qu'on devait s’y attendre, les expédients dont nous avons rendu compte n'empêchèrent pas la crise financière d'éclater. Choiseul, dans son exposé du 29 octobre (1), qui devait être communiqué à Kaunitz, le reconnait avec une loyauté parfaite : «Notre crédit qui faisait la grande branche de notre puissance est anéanti, nous sommes obligés de nous soutenir par les revenus seuls, mais comme ils étaient mangés par anticipation, il a fallu que le Roi fasse une espèce de banqueroute comme vous le verrez par les arrêtés que je vous adresse. Les nouveaux impôts n'ont pas produit un soulagement actuel: il ne s'est pas trouvé de compagnie qui ait pu faire les avances de ces impositions; l’on est donc réduit aujourd'hui à agiter dans le conseil, pour payer les troupes au mois de novembre, d'envoyer la vaisselle du Roï et des particuliers à la Mon-
(1) Duc de Choiseul au Comte, 29 actobre 1759. déjà cité.
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naie, et de donner en échange des billets qui, vous jugez bien, ne seront pas fort recherchés... Le Roi ne paye plus rien absolument que ses troupes qui sont au moment de manquer, ainsi que les subsides convenus par les traités. » La pénurie de fonds se faisait sentir à un tel point , que Choiseul (1), par lettre du même 29 octobre, chargea Ossun de solliciter du roi d'Espagne un prèt de 20 millions, que ce monarque, malgré toute sa bonne volonté, ne se crut pas en état de consentir.
Jusqu'ici pour la revue des rapports des deux cours, nous avons puisé dans la correspondance de Starhemberg. Ce fut en effet presque excl'sivement entre lui et le duc de Choiseul que se traitèrent les &Taires de l'alliance durant les sept premiers mois de 1759. Quoique désigné et agréé dès le mois de janvier, le successeur du due à l’ambassade de Vienne, son cousin le comte de Choiseul, ne prit possession de son poste que le 28 juin 1759. Pendant l'intérim qui avait duré 8 mois, la représentation de la France avait été confiée au secrétaire Boyer qui, à en juger par la correspondance, s’acquitta très honorablement de la besogne courante, mais resta étranger aux grosses questions et notamment au renouvellement du traité. Le comte de Choiseul ne fut pas long à se pénétrer du rôle important que devait jouer, auprès du gouvernement autrichien, l'envoyé de la puissance amie; à peine un mois s’était-il écoulé depuis son arrivée, que nows le voyons donner son avis sur les opérations militaires, eritiquer le maréchal Daun, tenir tête à Kaunitz, discuter avec l'Impératrice. Plus maitre de lui que son prédécesseur, plus réservé dans le dialogue diplomatique, il apporta plus de souplesse et tout autant de franchise dans ses reletions avec le chancelier et avec les ministres. Tont d'abord, l’ac | gracieux de Kaunitz ne laisse pas de surprendre agréablement le nouvel
(1) Choiseul à Ossun, 29 octobre 1759. Affaires Etrangères. Espagne.
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