COMTE DE CHOISEUL AMBASSADEUR A VIENNE
ambassadeur, qui sans doute d’après les renseignements du duc de Choiseul, s'attendait à plus de morgue : « Je ne l'ai pas trouvé (1) froid, haut, dominant, vain ni affectant la supériorité; j'ai bien remarqué dans ses propos qu'il avait bonne opinion de lui, de ses idées, de son esprit et de ses talents, maïs d'ailleurs il s’est montré vis-à-vis de moi avec des manières simples, aisées et obligeantes ; il a mis beaucoup de grâce, d'ouverture et de gaieté même dans les trois conversations que j'ai eues avec lui. »
A l'égard du nouveau venu, Marie-Thérèse déploya la condescendance amicale, l’amabilité et l'abandon plein de charme dont elle possédait le secret; elle lui parla (2) de son affection pour Louis XV, du plaisir qu'elle prenait au mariage de leurs petits-enfants, se déclara « enthousiasmée pour le personnel de l'Infante Isabelle », s'enquit des membres de la famille royale et de plusieu:s des ministres; elle eut soin de ne pas oublier M"° de Pompadour « pour qui elle m'a témoigné une estime et une amitié véritables. » Elle a ajouté, après avoir fait son éloge : « Ce n’est pas à cause de l'obligation que je lui ai d'avoir contribué à votre alliance, c'est une justice que je rends à son mérite, » La série des compliments épuisée, on passa aux affaires : L'Impératrice avoue peu de foi dans le succès de l’expédition qu'on préparait dans les ports français contre les Iles Britanniques; elle craint qu’un échec de ce côté nuise à l'entreprise contre la Prusse qui lui tient au cœur : « Vous haïssez bien les Anglais, dit-elle à Choiseul, mais je veux que vous haïssicz encore plus le roi de Prusse. »
Dans sa première audience, le Français avait beaucoup insisté sur le désir de son maitre de rendre publique l'union projetée entre sa petite-fille et l'archiduc Joseph: il obtint sur ce point prompte satisfaction ; la demande of-
(1) Comte de Choiseul au Duc, 1° juillet 1739. Affaires Élrangères. Au-
triche.
(2) Comte de Choiseul au Roi, 3 juillet 1759. Affaires Etrangères. Autriche.
ficielle de la main de la jeune princesse fut expédiée de Vienne le 29 juillet, et acceptée par le Roi Très Chrétien à la date du 26 août. Ce premier résultat acquis, Choiseul s'ingénie à faire rapprocher l’époque du mariage, que la cour de Vienne, pour des motifs d'économie, aurait voulu remettre jusqu’après la paix. Une cérémonie à la cour lui fournit (1) l’occasion de plaider sa cause : « L'Impératrice étant au milieu de sa famille, j'ai pris la liberté de la féliciter d’avoir des enfants si jolis, si aimables et si bien portants. Elle m'a répondu : « Il est vrai qu'ils se portent tous à merveille; j'en avais ce matin treize à la chapelle. » Je lui ai dit que c'était un vilain nombre et que je voudrais qu'il y en eût quatorze; elle ne m'a pas entendu et s'est récriée qu'elle avait accouché seize fois, que c'en était assez et qu'elle s'était bien promis de ne plus faire d'enfants. J'ai repris : « Si Votre Majesté ne veut plus en prendre la peine elle-même, il y a un autre moyen d'en augmenter le nombre. » Pour lors, elle m'a compris; elle s’est mise à rire et m'a dit : « Vous savez bien que la bonne volonté ne me manque pas. » Malheureusement, le décès subit de la duchesse de Parme, mère de l'infante Isabelle, survenu vers la fin de l’année, fit ajourner le mariage pendant quelque temps encore.
Si les cours de Vienne et de Versailles étaient d accord pour voir dans l'union des familles régnantes un événement qui devait consolider l'alliance, il s'en fallait de beaucoup que cette entente s'étendit aux questions multiples que soulevait la conduite des opérations militaires ou la direction des affaires d'ordre diplomatique. Nous avons déjà relaté la correspondance aigre-douce échangée à propos de la médiation espagnole, les divergences de vues au sujet de la politique intérieure de l'Allemagne; plus encore les incidents de la guerre, presque quotidiens, don-
(1) Comte de Choiseul au Due, 5 septembre 1759. Affaires Étrangères. Autriche.
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