LE DANEMARK OFFRE SES BONS OFFICES
nérent lieu à des récriminations réciproques où chacune des parties épanchait sa bile sur le voisin, et se consolait de ses propres défaillances en soulignant celles de l’allié. Quand Starhemberg se plaint de la retraite de Contades, qui découvre les provinces de l’Empire, Choiseul riposte (1) « que nous aurions les plus mauvais généraux de l’Europe, si ceux de l'Impératrice n’existaient pas. » Cette boutade, rapportée à Vienne, ne laisse pas d'y produire une fâcheuse impression. A l'occasion des fautes de la campagne de Saxe, le comte de Choiseul ne tarit pas en critiques (2) sur la lenteur de Daun : « J'ai cru qu'il était à propos de leur faire sentir qu'ils se conduisaient encore plus mal que nous... M. le comte de Kaunitz a été doux comme un mouton dans toute cette conversation. » Il est vrai qu'il sut prendre sa revanche en conseillant à Louis XV, comme nous l'avons vu, de prier l'Espagne de défendre à sa place ce qui restait des colonies francaises.
Comment mettre fin à une guerre dont la France avait à supporter les charges et à subir les effets de plus en plus ruineux pour sa marine et ses colonies, sans manquer aux engagements qui la liaient vis-à-vis de la maison d'Autriche? Ce problème pour ainsi dire insoluble fut la préoccupation constante du duc de Choiseul. Convaineu que la seule voie pour sortir d'une situation inextricable était un trailé séparé avec l'Angleterre, il s'ingénia à trouver le moyen de s’aboucher avec cette puissance. A cet effet, sans négliger la négociation officielle entamée avec l'Espagne, il chercha à renouer avec le Danemark les pourparlers secrets commencés par son prédécesseur Bernis et si catésoriquement désavoués par lui-même après la chute de ce dernier. La cour de Copenhague était très émue du
(1) Dans une dépêche du 29 octobre 1759, le duc de Choiseul reconnait avoir tenu le propos « er plaisantant ».
2) Comte de Choiseu! au Duc, 18 novembre 1759. Affaires Etrangères. Autriche.
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désir manifesté par les ministres de la Tzarine d'annexer définitivement la Prusse royale et se montrait encline à faciliter tout arrangement qui serait de nature à entraver les progrès de la Russie; aussi consentit-elle à s'entremettre auprès du cabinet de Londres pour un accord entre l'Angleterre et la France. Le ministre hanovrien Steinberg cormmuniqua (1) par le canal de Münchhausen une conversation avec Bernstorf, dans laquelle celui-ci avait offert ses bons offices et proposé de transmettre à Versailles les conditions que le roi George, en sa double capacité royale et électorule, serait disposé, de concert avec la Prusse, à accepter de la part de la France. Quoique Bernstorf prétendit s'inspirer de sa propre initiative, le contenu d'une lettre interceptée (2) de Wedelfries, résident danois à Paris, laissait supposer que Choiseul n'était pas étranger à cette ouverture. Quand le billet de Steinberg parvint à Londres, le cabinet britannique s'était arrêté au parti d’une déclaration pacifique au nom des rois d'Angleterre et de Prusse, qui serait adressée aux puissances belligérantes; aussi fit-il mauvais accueil (3) à l'intervention danoise Toute négociation, répondit-on, serait « prématurée et téméraire..…..avant la fin de la campagne. » Quant aux premiers pourparlers, lorsqu'il y aurait lieu de les entamer, « Sa Majesté croit de sa prudence ct de sa dignité de ne pas se servir de voies secrètes pour faire connaitre à la France et à l'Europe ses équitables intentions. » Pitt et ses collègues étaient d'autant plus opposés à la médiation du Danemark que l'affaire avait été conduite par le conseil de régence du Hanovre et qu'il avait été question, sans doute dans le but d'exploiter le faible souvent constaté du roi George, d'agrandissements de son domaine électoral
(1) Steinberg à Munchhausen, 9 octobre 1759. Newcastle Papers, 32896.
(2) Wedelfries à Bernstorf, 18 septembre 1759. Newcastle Papers, 32895.
(3) Procès-verbal de la conférence du 29 octobre 1759. Newcastle Papers, 32897,
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