ATTITUDE QUE CHOISEUL SUGGÈRE A L'HOPITAL
du conseil, il ne fallait pas attendre l'initiative d'un Kaunitz ou d’un Choiseul qui, bien que représentants d’une monarchie despotique, savaient imprimer le cachet de leur personnalité à la politique de leurs pays. Depuis quelque temps et pour les négociations capitales, sur la demande du chancelier, la Tzarine lui avait adjoïat son favori, le chambellan Schuwalow. Ce courtisan servait de trait d’union entre sa maitresse et ce qu’on appelait la jeune cour: sans expérience des affaires, il ne comptait que par la confiance que lui marquait Élisabeth et l'influence qu'on lui attribuait sur la capricieuse souveraine,
Dans le milieu que nous venons de décrire, dans un cabinet dont l'orientation dépendait de la santé d’une femme usée et malade, il n’y avait pas place pour les savantes combinaisons de Choiseul. D'autre part, Lhôjital, soit qu'il se rend t compte plus exactement que son ministre de ce qui était possible à Pétersbourg, soit qu'il ne partageàt pas ses vues aurait été partisan d’une entente plus intime de la France ct de la Russie, affranchie de l’action autrichienne, et dans :e but, affectait vis-à-vis de l'ambassadeur Esterhazy .ne liberté d’ailures dont la cour de Vienne et son port -parole Starhemberg ne tardèrent pas à se plaindre.
‘ne attitude pareille ne cadrait pas avec les desseins de Choiseul qui lui adressa (1) une semonce amicale et lui exposa très franchement les ressorts de son système « Permettez-moi de vous dire que vous vous amusez un peu trop à l'apparence de l'ambassade, et que vous ne vous occupez pas assez de la solidité. Vous croyez que l'empire de Russie peut être notre allié, indépendamment de la cour de Vienne; nous ne pensons pas de même, et, je crois, moi, que la Russie n'est notre alliée que par accident, et que nous devons nous borner à ne la point mécontenter pendant notre alliance, sans faire aucun fonds
(1) Choïseul à Lhôpital (particulière), 2 octobre 1759. Affaires Étranyères, Russie.
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sur une union permanente avec cet Empire. Réfléchissez que le Turc, la Suède et le Danemark sont nos alliés et les ennemis naturels de la Russie; que nous n'avons rien à attendre personnellement de cette puissance; que nous avons à craindre qu'elle n'étende son despotisme dans le Nord et qu'elle ne prenne trop d'influence en Allemagne, et que les Anglais au contraire, en possession du commerce de Russie, seront par les liaisons nécessaires les alliés de cet Empire. » Ce principe posé, l'écrivain examine les conséquences qui découlent de l'accord avec la cour de Vienne : « Cette alliance est solide, intime et aussi désirable qu'utile pour les deux Couronnes; mais en même temps nous ne prétendons pas adopter tous les systèmes de Vienne. Cependant, il est de la dernière importance de
‘ne pas paraitre les entraver, surtout en Russie. C'est
l'Impératrice-Reine qui a été le nœud de notre réunion avec la Russie. » Dans ces conditions Lhôpital devra appuyer de bonne grâce les demandes que formulera Esterhazy, notamment en ce qui concerne les opérations de la guerre, et réserver son initiative pour les affaires spéciales à la France. Cette facon d'agir ne pourra que faciliter le projet de médiation. « Plus nous désirons que la Russie fasse faire promptement et cet hiver la paix de Prusse et d'Autriche, plus nous devons montrer à la cour de Vienne que nous nous portons avec vivacité à la seconder à Pétersbourg ; et moins nous lui confions nos vues sur la paix, plus nous devons avoir l'air de la servir pour la guerre. » La défiance d'Esterhazy et de son gouvernement ainsi assoupie, en cas que la Russie se décidât à la paix, « vous vous trouveriez le médiateur entre les deux cours impériales pour parvenir à ce but désirable, et vous feriez jouer à votre maitre le rôle vraiment digne et utile qu'il doit jouer. Voilà, mon cher marquis, mes idées; voilà selon moi le seul but de votre ambassade. Il est assez beau. Tout autre est chimère et vent. Réfléchissez-y mürement ;