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DIFFICULTES FINANCIÈRES DE L'ANGLETERRE

de l'ouverture de la session, qu'à moins d'être fixé de suite et d'une façon complète, je me sens dans l'impossibilité absolue de rendre le moindre service. » A la missive de son impérieux collègue, Newcastle réplique en fournissant des explications embarrassées qui indiquent surtout le désir d'échapper à la responsabilité d'un vote impopulaire. Pitt ne le ent pas quitte et lui inflige une verte semonce pour ne l'avoir pas mieux renseigné : « Permettez-moi, Milord- Duc, d'avouer ma surprise extrême et mon désappointement infini quand je constate que des affaires, aussi imp:"lantes que la prise à notre solde d’un nouveau corps de troupes, puissent se glisser dans notre programme sans que Votre Grâce, qui est à la tête de la Trésorerie, appuie la mesure ou la porte à ma connaissance. »

Cette brouille de ménage ne parait pas avoir eu de cuites, car Newcastle (!), peu de jours après, se déclare satisfait de la besogne parlementaire; il n°v a qu'une ombre au tableau : « Nous sommes uni nuines à vouloi" donner plus que nous avons; en un mot, nos dépenses cette année dépasseront 12 millions de livres sterling, ce qui ne s'est jamais vu chez nous ni presque dans aucun pays; 3 milions et plus auront été affectés à l'Allemagne. » Le budget adopté par le Parlement anglais pour l'exercice 1759 s'éleva, en effet, à plus de 327 millions de francs (2), sur lesquels le Département de la Guerre en absorbait environ 80, celui de la Marine 120, l'entretien et la solde des Iessois, Hanovriens et autres confédérés plus de #0, le subside payé au roi de Prusse presque 17, celui des colonies américaines 5; et encore, à en juger par l’arriéré de 1758 qu'il avait fallu acquitter sur les crédits de l'année en cours, il y avait tout lieu de supposer que les prévisions seraient insuffisantes.

(1) Newcastle à Yorke, 1° decembre 1758. Newcastle Papers, vol. 32886. (2) Annual Register, 1759. « Crédits votés par le Parlement, » p. 171.

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Pour parfaire ces sommes, on asait été réduit À prélever sur la caisse d'amortissement les fonds pour le service de la dette et de faire un emprunt de 166 miliions, qui avait été d'ailleurs facilement souserit, Get état de choses ne laissait pas d'inquiéter le cabinet britannique: Pitt, plas autoritaire avec le succès, reprochait à Newcastle de ne pas lui fournir l'argent nécessaire ponr défrayer le coût de la guerre; Newcastle aceusait Pitt, qu'il jalousait de plus en plus, d'agir sans consulter ses collègues : « La cause réelle de nos embarras, éerttil dans un mémoire (f adressé à ses intimes, est que nous avons engagé des dépenses supérieures de beaucoup à nos moyens et qu'on n'en voit pas la fin; expédition sur expédition, campagne après campagne. [n'y a d'aucun côté agjourd'hui une ouverture pour la paix; au contraire, on ne trouve que de a répulsion pour cet objet et du blame pour ceux qui y songent où qui parlent d:la nécessité d'y arriver, L'état vérilable de nos finances et de notre crédit, Li détresse dn royaume n'ont jamais été dissimolés à M. Pitt, et il a été souvent informé de l'impossibilité de continuer sur cette échelle pendant une autre année; mais quel qu'ait été son sentiment réel, il n'a jamais voulu avouer qu'il envisagedt l'avenir à ce point de vue, »

Pour conjurer les périls de la situation, Newcastle sug gère les remèdes suivants : obtenir un peu d'entente dans le sein du cabinet; ne pas gaspiller les forces nationales sur terre et sur mer en entreprises inutiles et coûteuses: réunir tont ce dont 6n pouvait disposer pour la défense des Les Britanniques; « obliger le général en chef de l'armée et Le secrétaire de la guerre à nous tenir au courant des opérations, et de même pour la marine... et surtout nous pénétrer (au moins entre nous) de l'impossibilité de soutenir

(1) Newcastle. Mémoire sur lelat du gouvernement, 19 avril 1539. Newcascde Papers, vol, 32890.

BRUITS D'UNE DESCENTE FRANCAISE. 577 à pré- pendant une autre année la guerre présente sur le pied le ser- actuel... 1 faut examiner si nous ne devons pas aviser 1s, Gui confidentiellement le rot Ge Prusse de l'impossibilité pour choses ce pays d'entretenir les hostilités une année encore, » Le , Pitt, souci du ministre S'expliquait d'autant mieux que Legge, castle le chancetier de l'Échignier, à la suite de difficultés avec yer le la Banque d'Angleterre, parlait d'ajourner les paiements. ousait À Neweastle lui avait dit (D, non sans raison, qu'une réso- : « La ; iution de ce genre serait & une sorte de déclaration de ire (f) faillite », De nouveaux pourparlers et l'émission heureuse Ps dé- | de l'emprunt permirent d'éviter une pareille catastrophe. qu'on Aux embarras financiers vinrent bientôt s'ajouter la pague . crainte du débarquement français et la mauvaise impres: ui une ; sion causée par la retraite persistante du prince Ferdi ue de nand. Dans l'intérieur du cabinet, l'accord que précontqui y sait Neweastle ni ctait pas intervenu, « Personne ne soultre L'état plus que moi dans le gouvernement, éeritil (2), insulté sse dn tous Les jours par ce gamin de milord Holdernesse, en rapa élé ; ports olus où moins agréables avec M. Pitt qui ne me cette \ montre guère d'égards, et toutefois si bien traité par le Roi té son que je ne puis pas l'abandonner, » Cependant, les prépasagedt ratifs qui se faisaient dans les ports francais commencaient à frapper les esprits, jusqu'alers très sceptiques sur * SUS- le danger à redouter de ce côté, Aämirablement rensei- * dans gné par son service d'espionnage (3), Pitt lui-même, qui onales tout d'abord avait refusé de croire aux menaces d'invauses ; sion, füt bien obligé de se rendre à l'évidence. En guise de éfense 1 mesure défensive, il fit decider la convocation des milices, » l'ar- mais l'appel qui fut adressé en conséquence aux autorités ntdes lécales eut peu de succès: on se détiait de ces troupes imnous } provisées : «Je suis heureux, écrit Hardwieke (5), que nous atenir ù (1) Newcastle à Logge, 91 avril 1759, Newcastle Papers, vol. 32890, (2) Newcastle à Manstield, 8 juin 1759, Newcastle Papers, vol. 42801, il 1:39. (3) Rapports de France 1797 à 1761. Chatham Papers 86, Record Oflice. à) Hardwicke à Newesstle, 18 juin 1759, Newcastle Papers, vol. 4280, s ® En a À ; CS ji nn

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ayons #0.000 hommes en Grande-Bretagne et en Irlande, mais je ne peux pas arriver à ce chiffre sans y comprendre la milice, sur laquelle je ne veux pas compter, car à un pareil moment »on tali auxilio non defensoribus istis. » L'agitation du publie gagna le cercle de la princesse de Galles; s ‘a fils, le futur George I, sollicita de son grandpère un emploi dans l’armée. Le vieux roi consulta (1) Newcastle sur une requête que, venant de son successeur désigné, il regarde comme indiserète et qu'il voudrait ajourner, L'émotion causée par la perspective d’une descente des Francais et par les dépêches du Hanovre battait son plein, quand une lettre du roi de Prusse suggérant la réunion d’un congrès en vue du rétablissement de la paix vint augmenter le trouble des esprits.

Il est intéressant de suivre dans la correspondance royale la genèse de cette proposition, dont le concept ne revient pas à Frédéric, mais à Knyphausen. Un rapport confidentiel (2), signé de ce dernier et de son collègue Michel, esquisse le tableau des dissentiments du cabinet anglais, de la jalousie de Newcastle et de son désir de ruiner l'influence de Pitt en terminant une gurire dont les succès grandissent son rival. La paix à laquelle aspire Newcastle priverait la Prusse d'un allié précieux; en outre, il y a danger que ce ministre « ne réussisse à la fin à faire condescendre le Roi à une négociation séparée et secrète dont ïes conséquences seraient bien plus dangereuses encore. » Pour une entente de cette nature la voie est préparée par les lamentations des ministres hanovriens au sujet des malheurs de l'Électorat « pour lequel son attachement extrême est connu », et par les manœuvres de la cour de Copenha: ue. Afin de parer au péril, Knyphausen en-

gage son m itre à prier le roi George de prendre de con-

(1) Newcastle à Hardwicke, 20 juillet 1759. Newcastle Papers, vol, 32893. (2) Knyphausen et Michel au Roi seul, 8 juin 1759. Correspondance politique, XVI, p. 337.

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