COLÈRE DE PITT A PROPOS D'UXE LETTRE D'YORKE
royal. Le vieux George, qui n'aimait guère Pitt et détestait Temple, s'y refusa (1) net. En vain Lady Yarmouth, Hardwicke, Newcastle lui-même se mirent-ils de la partie: à ce dernier qui le menace d’une bouderie du grand homme, le Roi réplique avec philosophie : « Eh bien, tant mieux si M. Pitt se montre rarement à la Cour, je ne tiens pas à l'y voir. »
Sur cette première difficulté vint bientôt s'en greffer une seconde. Newcastle entretenait une correspondance des plus suivies avec le général Yorke, fils de son grand ami Hardwicke et ministre à La Haye. Il prit fantaisie à la princesse de Zerbst, mère de la Grande-Duchesse Catherine, de lui adresser sous un nom de guerre une épitre contenant un appel en faveur de la paix et suggérant une négociation secrète. Yorke ne prit pas l'invitation au sérieux et répondit dans son français le plus pur par un billet assez bien tourné; fier de sa prose, il s'empressa de la communiquer à Newcastle qui, sans penser à mal, la fit voir au Roi. D'infortune, l'affaire vint aux oreilles du chef hiérarchique de Yorke, de Holdernesse, qui, enchanté de jouer un mauvais tour à Newcastle avec lequel il était plus ou moins brouillé, la rapporta (2) aussitôt à Pitt. Celui-ci prit la chose au tragique et foudroya le malheureux Newcastle des phrases à grand effet dont il était coutumier. Le morceau (3) est typique : « Je crois savoir que votre Grâce a recu il y a quelques jours une lettre de M. Yorke racontant certains tripotages en vue de la paix de Ja part d'une dame, ainsi que les réponses que M. Yorke lui a faites. Ov il ne peut y avoir de doute sur le droit d'un secrétaire d'État d'être renseigné à l'instant même sur toute transaction de cette nature, et d'autre part il est mani-
1) Newcastle à Hardwicke, 27 septembre 1759. Newcastle Papers, 32896. (2) Newcastle à Hardwicke, 22 octobre 1759. Newcastle Papers, 32897. (3) Pitt à Newcastle, 23 octobre 1759. Newcastle Papers, 32897,
feste que la suppression d’un document pareil peut causer au service du Roi et à la nation un préjudice essentiel et sans remède, surtout dans une époque de crise où toute fausse manœuvre pourrait entrainer des conséquences fatales. Cela étant, je me vois obligé d'entretenir votre Grâce de cet incident. Je ne sais pas dans quelle mesure cette procédure clandestine a été sanctionnée par les ordres du Roi; si tel a été le bon plaisir de Sa Majesté, il est de mon devoir de m'incliner avec tout le respect que je lui dois. Mais de ce fait je me trouverai dans l'impossibilité de rendre service à Sa Majesté; aussi prierai-je votre Grâce de me faive la faveur de me mettre aux pieds Gu Roi et d'informer Sa Majesté que ma santé a besoin de l'air de la campagne pendant deux ou trois jours. »
Newcastle se courba devant l'orage et s'excusa de son mieux en alléguant qu’il avait envisagé la chose comme une plaisanterie. Il s'attira une seconde (1) philippique : « Je trouve très jolie la lettre de M. Yorke... maïs j'estime qu'une lettre, si agréablement qu'elle soit tournée et quand même elle aurait le sexe aimable pour destinataire, ne doit pas être considérée comme un sujet d'amusement, alors qu'elle à trait à la grosse question de la paix. Je ne suis pas du toutsurpris que M. Yorke puisse manier la plume avec autant d'élégance que Voiture, mais j'avoue que je le suis beaucoup qu'une lettre sur un objet aussi sérieux ait été écrite sans notre permission, puis supprimée et dérobée à la connaissance des hommes auxquels leur fonction confère le droit absolu d'être mis au courant les premiers d’affaires d’une nature aussi grave et, je le crains, aussi dangereuse. Je reconnais mon peu d'aptitude pour le poste élevé auquel il a plu à Sa Majesté de m'appeler, mais tant que le Roi daignera m'y maintenir, j'espère qu'il ne trouvera pas outrecuidant de ma part de me
(1) Pitt à Newcastle, 23 octobre 1759. Newcastle Papers, 23897.
Grâce te pro- Roi ; n des. Mais
taire, ment, Je ne lume que je ‘rieux et défonc- S prerains, pour eler, spère e me
causer