‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 256 sur 303 · ENVOI DE LA DÉCLARATION ANGLO-PRUSSIENNE · texte numérisé non relu

ENVOI DE LA DÉCLARATION ANGLO-PRUSSIENNE

mettre à ses pieds et de solliciter avec toute humilité sa gracieuse permission de me retirer, chaque fois que Sa Majesté jugera bon d'employer pour une négociation de paix le canal de lettres dont le but est d’amuser, et d'ordonner à ses serviteurs de dissimuler sous un voile aussi transparent les premières lueurs d'info, nation sur un sujet aussi élevé et aussi délicat, »

Des amis communs s’interposèrent ct firent ajourner l'éclat. Il se produisit du fait de Temple (1) qui, deux jours après la réunion du Parlement, résigna ses fonctions sous prétexte de l’offense que le Roi lui faisait en lui refusant la Jarretière. Pitt suivrait-il l'exemple de son beau-frère? La retraite du grand orateur au début de la session eût été un désastre qu'il fallait éviter à tout prix. La favorite, Newcastle, le duc de Devonshire, le firent comprendre à George II, qui céda d'assez mauvaise grâce ; Temple, sur la promesse de la Jarretière convoitée, revint sur sa démission: Pitt se déclara satisfait et se montra très aimable à l'égard de Newcastle, qui lui en sut le plus grand gré.

Ces brouilles intestines n’'empèchèrent pas le projet de congrès de suivre son cours. Les ouvertures de la part du Danemark, auxquelles nous avons fait allusion dans un chapitre précédent, et la dernière démarche de l’envoyé napolitain ne semblent pas avoir été étrangères à ce résultat. On se méfiait de la cour danoise, que Hardwicke traitait de « fausse, scélérate et vendue à la France ». Quant à l'Espagne, dont Pitt avait jusqu'alors accueilli les offres avec amabilité, les propos de San Severino (2) sur la nécessité de maintenir dans le nouveau monde la balance entre la France et l'Angleterre, avaient déplu:; depuis les succès remportés en Amérique, surtout depuis

(1) Newcastle à Hardwicke, 14 novembre 1759. Newcastle Papers, 32898. (2) Newcastle à Hardwicke, 22 octobre 1759, Newrastle Papers, 32897.

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la prise de Québec dont l'avis venait de parvenir à Londres, on était peu enclin à restituer les territoires conquis et on trouvait très déplacées dans la bouche du futur médiateur les allusions faites au traité d'Utrecht.

Jans ces conditions, le cabinet anglais était tout disposé à se ranger au vœu des ministres prussiens qui demandaient une nouvelle réunion. Elle eut lieu le 29 octobre avec Newcastle, Holdernesse et Pitt: d'un commun accord on s'arrêta aux résolutions suivantes : La déclaration des deux rois, dont le texte avait reçu les dernières retouches, serait adressée (1) au prince Louis de Brunswick, frère de Ferdinand et commandant en chef des troupes hollandaises, avec demande de la remettre aux ambassadeurs de France et de Russie et au ministre de l'Impératrice-Reine. A Keith, qui avait transmis des observations du chancelier Woronzow sur l'avantage d'un rapprochement avec la Prusse, on expédia une copie du document avec ordre de la placer entre les mains des ministres russes; on fit également une communication directe aux cours de Madrid et de Turin. Quant aux suggestions de Copenhague, elles furent repoussées très sèchement. Enfin, le prince Ferdinand fut avisé (2) de la démarche dont on espérait que son frère voudrait bien se charger.

Le prince Louis accepta la mission qui lui était confiée, mais l'arrivée de sa réponse en date du 6 novembre fut retardée par l’état de la mer, et ce fut seulement le 19 que put se tenir une conférence à laquelle furent convoqués cette fois plusieurs autres membres du cabinet ainsi que Lord Ligonier, commandant en chef de l’armée britannique; la déclaration définitivement adoptée fut aussitôt réexpédiée au prince Louis avec prière d'en faire la remise

(1) Procès-vert.:1 de la conférence du 29 octobre 1759. Newcastle Papers, 32897.

(2) Holdernesse à Ferdinand, Keith et autres, 30 octobre 1759. Newcastle Papers, 32897.

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