ARGUMENTS DE KNYPHAUSEN EN FAVEUR DU CONGRES
lui-même, mais d'agir de concert avec le général Yorke que Holdernesse, jaloux de ce qu'il appelait (1) « certaine lettre femelle » et de sa « correspondance à la sourdine » avec Newcastle, avait longtemps laissé en dehors du secret.
En dernier lieu, l'affaire avait été menée si rondement qu'il avait été impossible de consulter le roi da Prusse sur les décisions qu’on venait de prendre. Il ne fut touché que tardivement par la dépèche de Knyphausen qui le renscignait. Débarrassé des Russes, à la tête de l'armée victorieuse du prince Henri, presque assuré du recouvrement de Dresde, Frédéric n'était plus aussi chaud partisan de la paix qui lui avait paru si désirable au lendemain de Kunersdorf; aussi fit-il mauvais accueil (2) à une initiative qui ne lui semble plus de circonstance : « Cette ligue, si redoutable à la liberté de l'Europe, est sur le point de se dissoudre. D'un côté, la France a fait des propositions de paix, et de l’autre la Cour de Russie commence à parlementer. Pour moi, j'ai déjà fait faire des insinuations en France et lui ai fait entrevoir que la Russie était au point de s'accorder, et par le général Wylich j'ai fait faire des insinuations au général russe pour qu'il donne le réveillon à sa cour au sujet de la France... Il faut dire à Knyphausen que je me moque de l'amitié de l'Angleterre, si elle ne m'est point utile, et que ma situation n’est pas aussi désespérée qu'il s'imagine. » Sur ces entrefaites, survint une nouvelle lettre de Londres où /Knyphausen faisait valoir les raisons qui l'avaient décidé à se rallier à l'envoi immédiat de la proposition de congrès : « Nous savons de science certaine, écrivait le Prussien (3), que la cour de France a fait faire depuis peu, par différents canaux,
(1) Holdernesse à Yorke, 23 octobre 1759, Newcastle Papers, 32897.
(2) Frédéric à Finckenstein, Elsterwerda, 12 novembre 1759. Correspondance polilique, XVII, p. 629.
(3) Knyphausen et Michel au Roi seul, Londres, 6 novembre 1759. Correspondance politique, XVII, p. 644.
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miner à entamer une négociation de paix. » Au sujet de
ces ouvertures, dont les intermédiaires auraient été Münch-
hausen et peut-être Newcastle, une vive altercation avait
eu lieu entre celui-ci et Pitt; le roi Gecrge iui-mème, tout
en affirmant sa fidélité à son allié, avait reconnu que
« des insinuations de paix lui avaient été faites de bien des
| FI côtés. » Dans ces conditions, persuadés « qu’une négocia-
| tion secrète de paix serait dangereuse pour ses intérêts
(de S. M.), à cause de la faiblesse du roi George et de son
envie de s'agrandir en Allemagne, à quoi le chevalier Pitt
ne veut point se prèter, et enfin à cause de la mauvaise
foi du duc de Newcastle et du ministre hanovrien, nous
avons... avec le chevalier Pitt, pris la résolution de pro-
céder sans délai à l'exécution de la déclaration qui avait
été convenue. Ce dernier, en communiquant cette dé-
merche au Parlement, rendra par là la négociation de paix
nationale et s'en emparera de manière que personne n'o-
sera risquer d'intervenir en secret sans sa participation. »
Les accusations que Knyphausen lançait un peu légè-
{| rement contre Newcastle n'étaient pas justifiées; soit con-
( viction personnelle, soit crainte de se séparer de Pitt sur
une question où son collègue était soutenu par l'opinion
| publique, le duc refusa de se prêter aux désirs de son |
toutes sortes d'agaceries à S. M. Britannique pour la déter- |
maitre qui visaient d'ailleurs beaucoup plus les acquisitions territoriales à espérer du congrès que le mode d’en- | gager les pourparlers. Mais quelque peu fondés que fus- [ | sent certains des motifs invoqués par le diplomate prussien, { | son argumentation produisit son effet sur Frédéric, qui | n'avait pas oublié la franchise et l'indépendance dont Knyphausen avait fait preuve pendant les derniers mois | de son séjour à Paris; aussi donna-t-il son entière appro- Pl bation (1) à la conduite de ses représentants à Londres. |
(1 (1) Frédéric à Knyphausen, Limbach, 17 novembre 1759. Correspondance 4 politique, XVII, p. 645.