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L'AUTRICHE SE RALLIE AU PROJET DE CHOISEUL

et l’Impératrice fatigués, ensemble ou l'un d'eux séparément, plieraient définitivement sous le joug qui leur sera imposé, sans tirer des ressources de l'Espagne. » Comme conclusion , la cour de Versailles se disait disposée à consentir au congrès « pour les seuls différends qui agitent l'Allemagne », sous la réserve que, seules, les puissances en guerre pourront y envoyer leurs représentants. Parmi ces puissances, il était indispensible de comprendre In Suède et la Pologne auxquelles la déclaration n'avait pas été adressée,

C'est à bon droit que Starhemberg se félicite de l’attitude de Choiseul, qu'il ne s'attendait pas à trouver anssi ferme : « Si les négociations pour la paix, écrit-il (1) à Kaunitz, sont soumises à un congrès, il n'en restera plus maitre, et ii serait fort à craindre que les autres ministres qui, avec tout le public d'ici, soupirent après la paix, ne lui forcent la main. »

A l'assentiment conditionnel de la cour de Versailles, Kaunitz et sa souveraine ne firent aucune difficulté de se rallier, tout en exprimant leur scepticisme à propos de l'adhésion des Anglais au principe d'un traité séparé : « Je ne saurais croire, avait dit Marie-Thérèse (2), qu'ils abandonnent le roi de Prusse et qu'ils acceptent la médiation de l'Espagne dans leur guerr2 maritime; cela serait très heureux, mais j en doute beaucoup. »

Au fond, la cour de Vienne était opposée à toute pensée de paix continentale: encouragée par le succès de ses armes en Saxe, assurée de l’affaiblissement de son adversaire, encline à ne voir dans les propositions de la Haye que le synptôme précurseur de l'épuisement total, elle était résolue à pousser vigoureusement la campagne prochaine et à mettre tout en œuvre pour la ruine du roi de

(1) Starhemberg à Kaunitz, 30 novembre 1759. Dépêche déjà citée, (2) Comte de Choiseul au Duc, t4 décembre 1759. Affaires Etrangores, Autriche,

Prusse. Si elle s’associa à la rédaction de Choiseul, si contrairement à sa première inspiration, elle accueillit l'idée de l'intervention espagnole et de la paix avec l'Angleterre, ce fut parce qu’elle était persuadée du refus de cette puissance de se prêter À un arrangement partiel et convaincue que ce refus obligerait la France à continuer la lutte et entrainerait peut-être l'Espagne à y prendre part. Au pis aller, dans le cas improbable de la conclusion d’un accord entre l'Angleterre et la France, le roi de Prusse, privé du secours des contingents allemands et anglais qui composaient l’armée du prince Ferdinand, serait incapable de résister longtemps aux efforts combinés de l'Autriche et de la Russie. De ce côté, er effet, il n’y avait, tout au moins, tant que vivrait l'Impératrice Élisabeth, aucune défaillance à craindre.

Entre la Grande-Bretagne et la Russie, on le sait, il n°y avait pas eu rupture de relations diplomatiques; aussi la cour de Saint-James mit-elle à profit la présence à Pétersbourg de son ambassadeur Keith pour communiquer directement aux ministres russes la Géclaralion qu'on se proposait de faire à La Haye. À cette occasion, l’envoyé britannique avait fait part du vœu non seulement de son maitre, mais aussi du roi de Prusse : « de renouveler avec S. M. Impériale l’ancienne bonne harmonie ». La réponse (1) fut nette et catégorique : Après quelques phrases banales sur les aspirations humanitaires de la Tzarine, on affirmait « que la paix désirée est encore très éloignée, si l'espérance qu'on met dans les sentiments pacifiques de Sa Majesté en est l'unique fondement, Sa Majesté Impériale étant constamment résolue d'exécuter religieusement ses déclarations solennelles, de procurer aux parties lésées une satisfaction juste et suflisante, de ne conclure aucune

(1) Note remise à M. de Keith, 1/12 décembre 1739. Affaires Étrangères, Russie.

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