CONTRE-DÉCLARATION DES TROIS COURS
avec l'ennemi commu'i ni paix ni trêve, et de n’écouter de sa part aucune proposition à l'insu et sans le consentement l’un de l'autre, exige le présent concert préalable et formel, puisque l'observation exacte et scrupuleuse dudit engagement rendrait la paix pour toujours difficile ; mais si les alliés seront convenus d'avance, entre eux, des confitions de la paix, chacun d’entre eux pourra, du su et du consentement des autres, éconter les propositions et les leur communiquer, en cas qu’elles fussent raisonnables, ou les rejeter tout de suite si elles ne sont point compatibles avec leurs vues communes. »
Ce désir si ardemment manifesté d’une entente sur les avantages réciproques, n'était autre chose qu'une allusion transparente à la prétention récemment émise par la Russie de conserver, à titre permanent, la Prusse royale qu'elle occupait depuis deux ans.
Malgré l'accord intervenu à Vienne sur les grandes lignes de la réponse ou contre-déclaration, plus de trois mois s’écoulèrent avant l'adoption d’un texte définitif. L’assentiment de la cour de Pétersbourg parvint à Vienne (1) dans la seconde moitié du mois de janvier, mais il s’appliquait au projet de la première heure que Kaunitz avait expédié à la Tzarine sans avoir consulté le cabinet de Versailles. La rédaction modifiée de Choiseul établissant la distinction entre la querelle particulière de la France avec l'Angleterre et la guerre générale du continent européen, par suite de retards divers, n’était arrivée à Pétersbourg que vers le milieu de janvier. Entre temps, le gouvernement français avait apporté quelques changements de modique importance, il est vrai, à la seconde édition revue et corrigée de Vienne. Que l’on ajoute aux lenteurs dues à l’éloignement et aux difficultés de communication le dessein
(1) Comte de Choiseul au Duc, 26 janvier 1760. Afaires Étrangères. Autriche.
avéré de Kaunitz (1) de traîner les choses en longueur et la mort de Bestuschew, ambassadeur russe à Paris, et l’on comprendra pourquoi la note collective des alliés ne fut délivrée au prince Louis de Brunswick (2) que le 3 avril, c'est-à-dire plus de quatre mois après la remise du manifeste anglo-prussien.
Le document dont la préparation avait pris si longtemps et coûté tant d'efforts n'était pas fait (3) pour encourager les partisans sincères de la pacification générale : Après un préambule rappelant la proposition du congrès, les trois puissances belligérantes se proclamaient « également animées du désir d contribuer au rétablissement de la tranquillité publique sur un pied solide et équitable », et déclaraient que «S. M. le Roi Catholique ayant bien voulu offrir sa médiation pour la guerre qui subsiste depuis quelques années entre la France et l'Angleterre, et cette guerre n'ayant d’ailleurs rien de commun avec celle que soutiennent également depuis quelques années les deux Impératrices avec leurs alliés contre le roi de Prusse, Sa Majesté Très Chrétienne est prète à traiter de sa paix personnelle avec l'Angleterre par les bons offices de Sa Majesté Catholique, dont elle s’est fait un plaisir d'accepter la médiation. »
« Quant à la guerre, qui regarde directement Sa Majesté Prussienne, Leurs Majestés..….. sont disposées à donner les mains à l'établissement du congrès proposé; mais comme en vertu de leurs traités, elles ne peuvent prendre aucun engagement relatif à la paix, que conjointement avec leurs alliés, il sera nécessaire, pour qu'elles puissent s'expliquer définitivement sur ce sujet, qu'avant tout il plaise à Leurs Majestés Britannique et Prussienne de faire parvenir leur invitation à un congrès à toutes celles des puissances qui se
(1) Comte de Choiseul au Duc, 26 janvier et 7 février 1760. Affaires Étrangères. Autriche.
(2) Yorke à Holdernesse, 4 avril 1760. Record Office, Hollande.
(3) Annexe à la dépêche d'Yorke du 4 avril 1760. Record Office. Hollande.
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