‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 265 sur 303 · SITUATION CRITIQUE DU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

SITUATION CRITIQUE DU ROI DE PRUSSE

le maintien des subsides, car « il ne s'agira plus que d'une guerre sur le continent, et pour le débat vous n'aurez plus l'argument de la diversion et de l'avantage de pouvoir detourner de l'Amérique les efforts et l'attention de la France. » Opposé à un armistice spécial à la lutte navale, Hardwicke ne verrait aucun inconvénient à une suspension générale des hostilités pendant la réunion du congrès, mais il doute fort que les gouvernements de Vienne et de Versailles et surtout le premier, consentent à une entente de cette nature.

Peu à peu, les avis des cabinets européens vinrent atténuer l'intransigeance de la cour de Saint-James. Ce fut d'abord la réponse russe qui détruisit les espérances dont on s'était leurré sur la possibilité d'un accommodement avec la puissance du Nord. Puis se succédèrent de tous côtés des renseignements alarmants sur la situation précaire du roi de Prusse, l'épuisement de ses ressources et la difficulté qu'il éprouverait à se soutenir pendant la nonvelle année contre les armées des deux Impératrices. En particulier, une lettre de Ferdinand à Pitt (1) avait causé la plus mauvaise impression : « La confiance que je mets en vous, Monsieur, m'engage à m'ouvrir à V. E. sans réserve sur les affaires de ce prince... L'armée du roi de Prusse est fondue jusqu'à la moitié de ce qu'elle étoit au commencement de la campagne; je doute avec raison qu'il puisse parvenir à recruter ses régiments et à faire toutes les réparations avant la campagne prochaine. Si l'Autriche ne lui rend ni les officiers ni les soldats pris à Mexan et à Meissen, comme il y a toute apparence qu'elle ne le fera pas, cela produira une diminution trop grande dans son armée pour n’influer pas sur le tout. Ce qui plus est, les ennemis restant maitres de 9resde pourront ouvrir la campagne, quand ils voudront, cette ville leur servant

(1) Ferdinand à Pitt (most secret and private), Marburg, 11 janvier 1760. Chatham Papers. Record Office.

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de place d'armes et d'appui. Si les Russes reparoissent alors en même temps, je ne sais ce qui en arrivera, mais il me paroit évident que S. M. doit perdre du terrain. Cela influera infiniment sur nous autres ici... Je sais que vous ne pouvez regarder, Monsieur, d'un niême point de vue l'Angleterre et l'Allemagne. Mais il y a cependant des intérêts communs... Si l’on peut faire la paix avec la France avant l'ouverture de la campagne, je suis persuadé que l'Autriche pliera, si non, l’état des affaires en Allemagne sera le plus critique du monde... Mais comme j'ignore si les intérêts de 1 Angleterre n’exigent pas de continuer la guerre avec la France, il seroit à souhaiter qu'on pût faire une diversion à la maison d'Autriche, sans quoi il sera d'une impossibilité absolue, je ne dis pas de conserver les avantages qu’on a eus jusqu'à présent de ces cotés-ci, mais de se soutenir seulement contre toutes ces grandes puissances liées ensemble. » Presque à la même date Mitchell (1) faisait de la situation de la Prusse un rapport qui dépassait en pessimisme tout ce qu'il avait écrit : « Une campagne de dix mois, deux batailles perdues; les troupes très fatiguées et éprouvées par la longueur des marches et par la dureté du service; une saison aux rigueurs de laquelle l’humanité ne pourra plus résister, la prise de 21 bataillons et #5 escadrons dans les affaires malheureuses de Direcke et 42 Finck! Quand j’énumère toutes ces considérations, je ne peux pas m'empêcher de faire remarquer à votre Seigneurie le peu de vraisemblance que cette armée-ci soit en état pour le printemps, et à plus forte raison que Sa Majesté Prussienne puisse mettre en campagne deux armées pour cette saison; et cependant elles sont indispensables. Le roi de Prusse fera tout ce qu'un homme peut faire, mais son pays est épuisé, les moyens d'action

(1) Mitchell à Holdernesse (privale and very secret), Freyberg, 16 janvier 1760. Mitchell Papers, British Museum.

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