‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 266 sur 303 · PREMIÈRE ENTREVUE DE YORKE ET D'AFFRY · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ENTREVUE DE YORKE ET D'AFFRY

font défaut, ses meilleurs officiers sont tués ou prisonniers, et, je dois l'avouer avec la plus grande anxiété, un découragement général règne dans toute l’armée et Sa Majesté Prussienne est peut-être le seul à ne pas subir l’influence fâcaeuse qui en résulte. » Du sombre tableau qu'il vient de tracer, Mitchell tire la conclusion suivante : « D'après les connaissances imparfaites que je possède sur l’état actuel de l’Europe, j'ajoute que si l'Angleterre ne trouve pas d'ici à peu le moyen de détacher la France de l'alliance et de restreindre ainsi la puissance des Russes, la seule occasion de sauver le roi de Prusse aura été, je le crains, perdue sans remède. » Un langage aussi catégorique était de nature à faire réfléchir, d'autant plus qu'il était corroboré par celui de Frédéric lui-même; ce monarque avait exposé (1) à Knyphausen sa position critique et n'avait pas caché son espoir de voir un accord entre la France et l'Angleterre préparer les voies pour la paix générale.

Pour résister à l'effort considérable que les belligérants annonçaient en Allemagne, il eût été nécessaire, non seulement de recruter et d'augmenter les contingents allemands du prince Ferdinand, mais même d’accroitre les effectifs anglais qui servaient sous ses ordres, Par malheur, des propositions de ce genre seraient impopulaires, aussi les chefs du gouvernement, Newcastle tout autant que Pitt, y étaient-ils opposés; il ne restait donc d'autre alternative que d'essayer de s'entendre avec le cabinet de Versailles. Knyphausen était si pressé de mettre l’affaire en train qu'il s'offrit pour aller à La Haye et pour aider Yorke à entamer les pourparlers. On préféra confier la besogne au seul représentant de la Grande-Bretagne, et, en conséquence, Holdernesse (2) invita Yorke à entrer en contact avec l'ambassadeur français, à lui demander l’ex-

(1) Frédéric à Knyphausen, Pretzschendorf, 1°" janvier 1760. Correspondance politique, XIX.

(2) Holdernesse à Yorke, 25 janvier 1760. Record Office, Holland.

plication de ses allusions à une paix séparée et à chercher à savoir si la France serait disposée à traiter isolément avec l'Angleterre et la Prusse, En cas de renseignement conforme à celte hypothèse, Yorke était autorisé à transmettre les ouvertures ou suggestions que la cour de France jugerait convenable de faire,

Une indisposition d’Affry fit retarder l’entrevue des deux diplomates jusqu'au milieu de février. Très méfiants l’un et l’autre, dans ce premier entretien ils se bornèrent à rompre la glace. A en croire le rapport de Yorke (1), le Français aurait affirmé que « le seul moyen d'arriver à la paix serait k.ur leurs deux souverains de terminer leur quereile, sans pour cela abandonner leurs alliés. C'est aussi, aurait-il ajouté, le meilleur moyen d'éviter la médiation de l'Espagne que je suppose avoir été proposée par M. d'Abreu. » D'après Affry, jamais Yorke ne s'était montré «aussi prévenant et aussi poli ». Serait-ce le motif qui fait penser à l'ambassadeur français « qu'on veut nous tendre un piège et nous faire une tracasserie avec l'Espagne dont on redoute plus que jamais la médiation? » IL va sans dire que les deux interlocuteurs relatèrent ce qui venait de se passer À leurs chefs de service. La réponse de Choiseul (2) fut la première qui parvint à La Haye; le ministre des affaires étrangères justifiait la distinction qu'il voulait établir entre la guerre continentale et le conflit maritime ; pour mettre fin à ce dernier, la France avait accepté l’arbitrage de l'Espagne; « Sa Majesté s’en est rapportée absolument à Sa Majesté Catholique sur les conditions de la paix de mer et sur la décision des contestations de l’Amérique. » Cependant, elle adopteruit tout autre procédé de négociation qui pourrait convenir à l'Angleterre, sous la seule réserve de tenir l'Espagne au courant des pourpar-

(1) Yorkc à Holdernesse et Affry à Choiseul, 15 février 1760, Record Office et Affaires Étrangères.

(2) Choiseul à Affry, 24 février 1760, Affaires Etrangères, Hollande,

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