‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 267 sur 303 · CONVERSATIONS D'AFFRY AVEC YORKE ET HELLEN · texte numérisé non relu

CONVERSATIONS D'AFFRY AVEC YORKE ET HELLEN

lers. Peu de temps après la réception de cette dépèche, Affry eut avec Hellen (1), et à la requête de celui-ci, une entrevue au cours de laquelle l’envoyé prussien lui dicta ces mots : « M. de Hellen conime particulier a dit qu'il croyait pouvoir assurer M. le comte d'Affey que, si la France veut faire des propositions à l'Angleterre où S. M. Prussienne soit comprise, on serait prèt à écouter ces pronositions. » Le lendemain eut lieu un long entretien entre Affry et Yorke (2) dans la- voiture de celui-ci, sur la route de Ryswick; le Français commença par lui lire la lettre de Choiseul; puis on causa de la séparation des deux querelles, de l'intervention espagnole, sur les phases de laquelle Yorke n'était pas renseigné, enfin des liens de l'alliance autrichienne qui entravaient la jiberté d'action às la France. Cette fois, les discours de ses collègues anglais et prussien avaient convaincu Affry de la sincérité des sentiments pacifiques de leurs gouvernements : « Tout combiné me persuade que le roi d'Angleterre désire vivement la paix et que le roi de Prussc en a le plus grand besoin ». Le diagnostic était parfaitement exact.

ILest presque superflu de le rappeler, l'idée d'un traité de paix distinct entre la France et l'Angleterre était un souci continuel pour la cour de Vienne. Le seul moyen d'apaiser les scz:peons toujours en éveil de l'Impératrice- Reine et de son chanceïier était de leur communiquer tout ce qui avait trait à la question. Pour obéir à cette règle, le comte de Choiseul avait mis sous les yeux de Kaunitz (3) les conditions préliminaires préparées par la France pour son médiateur, Sa Majesté Catholique. Kaunitz n'avait pas dissimulé son peu de goût pour un document de cette nature : « Savez-vous, avait-il dit à l'ambassadeur, ce qui m'en déplait le plus? C'est l'article 11 et le ton qui

(1) Affry à Choiseul, 4 mars 1760, Affaires Etrangères.

(2) Yorke à Newcastle, 4 mars 1760, Record Office, Hollande, (3) Comte de Choiseul au Duc, 26 janvier 1760, Affaires Etrangrres.

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règne dans tout cet écrit ; il semble que vous vouliez faire entendre aux Anglais qu'après votre réconciliation, vous vous unirez avec eux pour faire la loi à vos alliés respectifs et les forcer à la paix. » C'était bien en effet la pensée du ministre de Louis XV, mais elle n'était guère avouable. En vain, le comte de Choiseul chercha-t-il à atténuer l'importance du malencontreux article qu'il regardait « comme un compliment que nous faisons au genre humain »; en vain renouvela-t-il ses efforts auprès de Marie-Thérèse. Il est obligé de reconnaitre qu'il a parlé « sans avoir rien gagné sur son esprit et sans que n0s malheurs, dont je la crois véritabiement touchée, lu: fassent abandonner une ligne de ses prétentions. » Et cependant l'ambassadeur avait bien précisé les positions de chacun des souverains : « Le Roi, avait-il dit, est en perte d’une partie de ses colonies et celles qui lui restent sont en grand danger. Votre Majesté, au contraire, ne craint rien pour ses possessions; elle joue, comme on dit, sur le velours, et tout le risque qu'elle court est de gagner plus ou moins. »

Le résultat de cet échange de vues fut l'envoi à Versailles d'un mémoire rédigé par Kaunitz (1), sous le titre de « Réflexions impartiales sur l’état des circonstances présentes ». Le chancelier y développe sa thèse favorite de la nécessité de poursuivre l’abaissement de la Prusse et démontre, à sa satisfaction, la menace que constituait pour la France l'agrandissement du pouvoir de Frédéric ; il ne dissimule pas son désir de faire échouer le congrès. Pour les négociations auxquelles on ne pouvait se dérober, il envisage deux solutions : « Ou le refus absolu de traiter séparément et autrement que de la paix générale, ou bien un contre-projet de préliminaires et le consentement de l'Angleterre à traiter séparément de sa paix particulière

(1) Mémoire de Kaunitz adressé à Choiseul, 30 janvier 1760. Archives de Vienne.

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