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L'ANGLETERRE INSISTE SUR LA PARTICIPATION DE LA PRUSSE

terre ne traiterait pas sans ses alliés et spécialement sans le roi de Prusse; il affirma à nouveau le désir sincère de sa cour de rétablir la paix et déplora que celle de France ne voulût pas s'expliquer d'une facon plus claire sur les moyens d'obtenir la pacification générale; il ne voyait d'ailleurs aucune objection à mettre le roi d'Espagne au courant des détails de la négociation. Là-dessus, Affry lut un extrait d’une lettre de Choiseul, où celui-ci parlait de l'envoi à Londres d’une personne de confiance qui serait accréditée auprès des ministres britanniques et chargée de débattre avec eux les affaires d'Amérique en vue d'une entente satisfaisante pour les deux parties. Il s'agissait de savoir, par l'intermédiaire de Yorke, si l'idée de la mission serait agréée en haut lieu; dans l'affirmative, l'agent secret pourrait accompagner Fuentès, le nouvel ambassadeur espagnol, qui allait se rendre incessamment à Londres. Pour ces délicates fonctions, Choiseul avait jeté les yeux sui un de ses amis nommé O’Dunn, né ilest vrai sujet britannique, mais qui n'avait été mêlé à aucun complot contre le roi d'Angleterre. Toute cette communication n’était pas ministérielle et était supposée émaner de l'initiative propre d'Affry. La réponse de Yorke fut sur le même ton, mais il prit soin d'informer son collègue francais que O0’Dunn ou Dunn, pour lui restituer son vrai nom, passait pour être à Paris l'agent du Prétendant et ne saurait être accepté par les ministres du roi George. Yorke résume son récit en disant qu’ « Affry avait avoué assez franchement que son gouvernement était très embarrassé sur la conduite à tenir pour sortir de la situation où il se trouvait. »

Le rapport de Yorke se croisa avec une dépèche de Holdernesse (1) contenant les instructions précises que le cabinet de Saint-James se décidait enfin à donner à son

(1) Holdernesse à Yorke, 21 mars 1760. Record Office, Holland. GUERRE DE SEPT ANS. — T. Il 33

représentant : « L'Angleterre était prête à s'ouvrir sur les conditions de la paix, si la France voulait désigner un négociateur avec pouvoirs nécessaires, sous la réserve constante qu'il serait expliqué et entendu, au cas où les deux couronnes se mettraient d'accord sur les clauses de leur paix, que la cour de France accucillerait, d'une facon formelle et confidentielle, la participation à l'accommodement à faire des alliés de Sa Majesté et nommément du roi de Prusse, Inutile d'ajouter que l'Angleterre ne voudrait mème pas écouter des pourparlers pacifiques dans lesquels Sa Majesté ne serait pas comprise à son titre d'Électeur. » Cette instruction avait été rédigée de concert avec les ministres prussiens et à la suite d'une note (1) où «ils déclaraient au nom de leur maitre consentir à une négociation séparée entre le roi d'Angleterre et la cour de France à la condition que le roi leur maitre serait compris dans la paix distincte à conclure avec la France. Toute autre solution serait considérée comme une contravention au traité existant entre Sa Majesté et le roi de Prusse. Ils sont fermement persuadés, d'après le langage tenu par M. d'Affry à M. de Hellen, et en particulier d’après l’expression : « Vous y trouverez votre compte », que la cour de France l'entend ainsi, et ils proposent que M. Yorke soit autorisé à continuer les pourparlers avec M. d'Affry de la maniere qu'on jugera être la plus convenable. Bien entendu que la base de toutes ces démarches sera toujours fondée sur ce principe, que le roi de Prusse doit ètre compris dans la négociation dont il est question. »

Dans une lettre subséquente, écrite après réception des derniers avis de La Haye (2), Holdernesse prenait acte de la concession faite au sujet de l’Électorat et des alliés allemands du roi George, acceptait la mission secrète à

(1) Note remise par Knyphausen, 13 mars 1760. Newcastle Papers, 52908. (2) Holdernesse à Yorke, 28 mars 1760. Record Office. Holland.

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