‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 273 sur 303 · FRÉDÉRIC PREND PART A LA NÉGOCIATION · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC PREND PART A LA NÉGOCIATION

Londres, affirmait à nouveau que ie monarque anglais ne consentirait à aucun arrangement auquel le roi de Prusse ne participerait pas, et répétait, à cet effet et dans les mêmes termes, les réserves déjà formulées. Le contenu d’un billet particulier qui accompagna la dépèche ofticielle nous apprend que la cour de Londres se défiait de Choiseul, qu'elle le soupconnait de travailler contre la paix en désignant pour le voyage de Londres un personnage inacceptable et en différant son départ sous prétexte d'attendre celui de Fuentès. Si le ministre de Louis XV avait autorisé les déclarations conciliantes d’Affry, c'est qu'il n'avait dû céder au courant pacifique et qu’il tenait avant tout à avoir voix au chapitre, soit pour diriger, soit pour entraver la négociation. Toutefois, malgré la mauvaise opinion qu'il avait des sentiments réels de Choiseul, le Roi ne voulait pas décourager les ouvertures faites par Affry et accueillerait volontiers tout envoyé francais, pourvu que ce ne fût pas un de ses sujets et surtout M. Dunn « qui serait absolument impropre à une besogne de ce genre et très mal vu à la cour. »

Dans les conversalions de La Haye, le cabinet anglais et son représentant Yorke avaient eu et eurent jusqu'à la fin un rôle prépondérant. Cependant on peut s'imaginer, d’après ce que l’on sait de l'esprit remuant de Frédéric, que ce prince n'était pas resté étranger à une campagne diplomatique dont il avait été le promoteur et dont sa situation presque désespérée avait été la cause initiale. Au début, très sincèrement désireux de mettre fin à la guerre, nous le voyons modifier son attitude selon l'impression du moment et donner à ses ministres de Londres des instructions qui, sans être absolument contradictoires, diffèrent sensiblement à quelques jours de distance. Frédéric, tout d’abord, s'inquiète du silence prolongé des belligérants et s'émeut des bruits qui circulent sur leurs intentions et qui lui parviennent de toutes les capitales d'Europe; en atten-

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dant mieux, il enjoint à Knyphausen (1) de sauvegarder ses intérêts en cas de pourparlers et à Hellen de surveiller les entrevues que Yorke doit avoir avec Affry. Il étudie les conditions de la paix (2), découvre pour l'Autriche une compensation en Bavière en échange de la Silésie, croit gagner les bonnes grâces de la Russie en offrant au roi de Pologne, en guise de dédommagement, la ville et le territoire d'Erfurt qui appartenaient à l'Électeur de Mayence, car de son propre domaine il ne consent pas à céder un pouce.

Un peu plus tard, il fait l'inventaire (3) de ses ressources et le calcul des effectifs ennemis auxquels il aura à tenir tèle. Cet examen l'amène à se prononcer pour un arrangement avec la France : les cours de Vienne et de Pétersbourg « se roidissent orgueilleusement contre toute p lication et déclinent le congrès; elles nous tracent ps le chemin que nous devons suivre et nous indiquent que c'est aux Francais que nous devons nous attacher... La résolution prise par les ministres anglais, d'ordonner au général Yorke de s'expliquer d'une façon certaine avec le comte d’Affry, est très sensée et bien pensée, pour entendre au moins ce que ces gens diront. » Mais l'affaire ne marche pas assez vite au gré de l'impatient monarque : « Les Anglais (4) biaisent avec leur négociation, de sorte que, quoique la France marque assez d’inclination à faire la paix, elle ne trouvera personne pour l'écouter. » Il se décide à prendre la direction de l'affaire ; déjà il avait ordonné à Hellen de se mettre en rapports avec Affry, mais

(1) Frédéric à Knyphausen, 12 et 14 janvier 1760. Correspondance politique, XIX.

(2) Frédéric à Knyphausen, 20 et 23 janvier 1760. Correspondance politique, XIX.

(3) Frédéric à Knyphausen, 4 février 1760. Correspondance politique,

(4) Frédéric à Knyphausen, 16 février 1760. Correspondance politique,

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